Peter Gabriel : L’interview zéro souvenir

Comment la rencontre avec l’immense créateur de “So” vire au haut-le-cœur dans un parking. Entre deux voitures… 

Peter Gabriel @BelgaImage

Illustré par Clarke, le livre Access All Areas de Rudy Léonet paraît en octobre. Pendant cinq semaines, nous en publions des extraits où – de Bowie à Daho, et de Gainsbourg à Cure – les belles rencontres se succèdent.

Je suis trop content. À l’occasion sa tournée “So” qui va passer par le festival Rock Werchter, Virgin m’offre une interview avec Peter Gabriel mais à la condition qu’un court extrait soit diffusé au journal télévisé. L’affaire est entendue. J’avais très envie de rencontrer Gabriel et de faire ça bien, dans les règles. Je me documente à tour de bras et je m’aperçois que j’ai de sérieuses lacunes. Je réécoute tout, je relis beaucoup et je me rends compte que je ne l’ai jamais vu sur scène. Je demande à Virgin s’il est possible d’assister à un de ses deux concerts parisiens un mois pile avant sa venue en Belgique. Voilà comment je me retrouve à Paris-Bercy le 6 juin 1987. Je m’attendais à du spectaculaire mais pas à autant d’émotion dans un lieu aussi peu dédié à la proximité et propice à l’intimité. Mais la “magie Gabriel” qu’on m’avait souvent vantée et dont je me méfiais, fonctionne à plein rendement. En l’espace d’un soir, mon intérêt à rencontrer Peter Gabriel devient une authentique attente et une vraie impatience.

Le jour arrivé, Philippe Leclef de chez Virgin a la plus mauvaise idée qui soit. Enfin, c’est une très bonne idée mais qui tourne mal pour moi. Il me dit: “Viens dans la loge de Peter, on va l’attendre tous les deux, je veux te présenter. Ainsi il va te voir, faire ta connaissance et il va imprimer qu’après le concert il ne doit pas s’en aller mais qu’il a rendez-vous ici avec toi pour l’interview.” On s’installe, j’attrape une pomme dans la corbeille de fruits qu’on réserve aux loges des headliners. Je n’ai pas le temps de la croquer, Peter Gabriel, tout juste arrivé sur le site, entre dans la pièce. Il connaît bien Philippe et ça brise la glace. Il est hyper-accueillant, chaleureux, grand, très grand, impressionnant, terriblement charismatique avec un regard amical et une poignée de main franche. Il me dit : “Super, voyons-nous après le concert, rendez-vous ici.” Il tourne les talons et s’en va trouver son groupe. Ils ont quelques rituels avant de monter sur scène : chanter a cappella en tapant dans les mains, une sorte d’échauffement avant le match.

Philippe me montre la liste des titres qu’ils vont jouer et qui change tous les soirs. On convient que je quitte le concert à l’avant-dernière chanson Here Comes The Flood, juste avant  Biko, ainsi je serai le premier de retour dans la loge. Et tout le monde se disperse en sachant ce qu’il a à faire. Je reste tout seul un peu étourdi, assommé par ce bref échange avec quelqu’un de vraiment spécial et qui irradie; c’est ce qu’on appelle une aura ou du magnétisme… peu importe. Je file alors dans le parking et je me cache entre deux voitures. Pour vomir. Le stress a gagné la partie, je n’ai aucun souvenir de cette interview que j’ai faite en pilotage automatique. Ça ne m’était jamais arrivé et ça ne m’arrivera plus jamais.

Ptere Gabriel

 

 

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