Quand Rudy Léonet rencontre U2 « Un groupe, quatre limousines »

Quatrième épisode de la saga illustrée par Clarke - Access All Areas - à paraître en recueil en octobre, récit des aventures journalistiques de Rudy Léonet. Récit qui passe obligatoirement par la bande à Bono.

U2 @BelgaImage

Le 8 juillet 1987 s’annonce une belle journée. Je la passe avec U2. Ce sont des types charmants, loquaces, faciles d’accès. Des bons clients. Sauf Larry le taiseux qui reste toujours en dehors des conversations. À l’époque Bono se contentait largement de la compagnie de journalistes et ne recherchait pas encore les audiences auprès du pape et des chefs d’État. Le planning du jour était bouclé depuis des semaines. Fin de matinée: atterrissage de leur avion à Abelag, le terminal des vols privés à Zaventem qui n’avait pas encore été rebaptisé ExecuJet.

Sur place, une salle de presse est improvisée dans un coin de hangar. Ensuite, on file à Forest National pour la balance du concert du soir. Leur tournée Joshua Tree s’y arrête entre Paris et Rotterdam. Enfin, il est prévu qu’on filme la première chanson du concert. U2 décide alors de changer la setlist et de commencer par Where The Streets Have No Name alors que cette tournée s’ouvre en général sur une reprise de Stand By Me. Les shows ne sont pas encore timecodés à la seconde et au millimètre et ils ont toujours la liberté de modifier l’ordre ou de changer le programme à la dernière minute.

Entre Zaventem et Forest, j’ai fait le trajet avec la personal assistant du groupe. Elle est adjointe au tour manager. Cette tournée, c’était 109 shows du 2 avril au 30 décembre 1987 sur deux continents – Europe et États- Unis -, et rien ne peut être laissé au hasard. Elle me dit que c’est sa première tournée. Qu’avant elle travaillait chez Island Records et qu’elle s’entendait bien avec U2 dont elle avait organisé des voyages promos en Asie et en Amérique du Sud. Elle était assez débrouillarde et efficace avec juste ce qu’il faut d’autorité pour que les choses roulent. Alors, ils lui avaient proposé un job à temps plein dans l’organisation U2. Et sa première mission c’était cette tournée Joshua Tree.

Au milieu de l’après-midi, on est déjà installés dans les fauteuils d’un Forest National vide quand quatre limousines noires arrivent une par une dans le garage derrière la scène. Larry, Edge, Bono, et Adam bon dernier descendent de chacune des voitures. Ils viennent respirer la salle et plaquer quelques accords pour le soundcheck. Ils voyagent donc séparément. Mon agent infiltré m’explique que ce n’est pas une demande du groupe qui restent les meilleurs amis du monde. Mais pour que ça continue, c’est une exigence du tour manager et de la production de les séparer autant que possible. Tout est mis en place pour limiter le temps où ils se retrouvent nécessairement réunis, donc sur la scène. Être huit mois sur les routes, dans les mêmes avions, les mêmes bus, voyager les uns sur les autres, les mêmes hôtels, manger, dormir, sept jours sur sept, année après année… Si on veut que le groupe dure, il faut les séparer au maximum pour préserver leur équilibre. Ce n’est pas un caprice et ce n’est pas propre à U2. Mais les caprices existent, non?

M&Ms et Ruinart

Ces exigences farfelues à propos des riders de certaines rock stars? Et je la lance sur la fameuse anecdote de Van Halen qui exigerait un saladier M&Ms jaunes, et uniquement jaunes, dans la loge de David Lee Roth. Elle confirme. C’est vrai mais c’est une manière de vérifier que tout ce qui a été demandé a été exécuté par l’organisateur. On se dit que, si une demande aussi bête a été rencontrée alors c’est que tout le reste est O.K. C’est vérifiable en un coup d ’œil. C’est idiot mais ça marche.

Parfois les riders sont moins pittoresques et plus lucratifs, ce sont de véritables bonus sur le cachet ou le salaire. Comme Grace Jones qui exigeait plusieurs caisses de champagne Ruinart embarquées dans le coffre de sa voiture. Ou encore Charles Aznavour qui faisait demander quatre ou cinq bouteilles de vin par son chauffeur. Et pas n’importe quel vin: des grands crus classés… et qui rappelait pour qu’on lui lise les étiquettes et surtout pour demander avec insistance de ne pas les déboucher… Les bouteilles étaient emballées sur place et envoyées directement en Suisse où elles venaient enrichir la collection de sa cave dans sa villa au bord du lac Léman.

U2AAA

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