Ibrahim Maalouf : L’interview « souvenirs » avant l’Arena 5

Le trompettiste libanais est en concert ce jeudi 29 juillet au Heysel. « Une célébration », promet cet abolisseur de frontières.

Ibrahim Maalouf @BelgaImage

 Quarante mélodies pour souffler quarante bougies. C’est en musique, avec un regard en arrière et les oreilles toujours à l’affût de bon son qu’Ibrahim Maalouf a fêté son anniversaire le 6 novembre. Pour ses quatre décennies, le trompettiste jazz né à Beyrouth sous les bombardements de la guerre civile publiait « 40 mélodies »,  un copieux double album proposant des relectures intimistes de sa discographie ainsi que de nouveaux titres bénéficiant de collaborations éclatées (Sting, Matthieu Chedid, Kronos Quartet, Marcus Miller). Cet été, Ibrahim Maalouf reprend la route avec une halte obligée au nouvel événement bruxellois Arena 5.

Beirut, Happy Face, Le grand voyage, Your Soul… Tous ces titres de morceaux qu’on retrouve sur votre dernier album résument-ils votre vie?
Je ne m’en suis pas rendu compte en préparant la tracklisting, mais c’est vrai. Mon parcours se définit là-dedans. J’ai toujours considéré que mes musiques étaient les bandes-son de ma vie. J’ai toujours enregistré en tenant compte des pulsions du moment. Je travaille en vivant les choses pleinement, au quotidien. Vu comme ça, “40 mélodies” est un peu comme un album photo.

La pochette de l’album est illustrée d’une photo de vous qui remonte à l’enfance. À quoi pensait le jeune Ibrahim Maalouf?
C’est ma maman qui a pris cette photo. J’avais onze ans et plein d’envies. Je rêvais de reconstruire mon pays détruit par la guerre civile, je rêvais de voyages, de rencontres. Ma mère était pianiste et professeur. Mon père était trompettiste et enseignait également. Il était déjà beaucoup question de “transmission” dans mon éducation. C’est ce qui m’a construit. Je jouais déjà, mais je ne m’imaginais pas que la musique allait me permettre de réaliser une grosse partie de ces rêves de gosse.

Cet album, c’est aussi une mise à nu?
Oui. En ce sens, il est un peu différent du reste de ma discographie. Que je fasse du classique, du jazz, de la pop, de la musique orientale ou plus influencée par les sons latinos, j’ai toujours habitué mon public à des arrangements sophistiqués. Ici, j’ai ressenti le besoin de revenir à l’essentiel: des mélodies, la trompette et la guitare de votre compatriote François Delporte. Cela fait dix ans qu’il joue à mes côtés. C’est l’histoire d’une osmose et d’une amitié. Dans un parcours de vie, ça compte et j’ai tout de suite pensé à François quand je me suis lancé dans ce projet.

Vous avez exploré tous les styles musicaux. Avez-vous été parfois victime du dogmatisme de certaines élites?
Je l’ai vécu dès mes débuts, mais mon père qui était passé par les mêmes épreuves m’avait prévenu. Quand j’ai commencé par la musique classique, j’avais beau avoir gagné plusieurs concours, on ne m’invitait jamais dans les grands événements. Un jour, un chef d’orchestre m’a dit: “ Ça va être compliqué pour vous. Vous êtes Arabe, vous jouez de la trompette, vous improvisez beaucoup. Jamais un festival français ne vous invitera à jouer du Bach”. J’ai connu aussi beaucoup de violence dans le milieu jazz, quand je collaborais par exemple avec des artistes pop. Et puis le dialogue a fait que les choses se sont tassées et beaucoup de gens ont changé d’avis. C’est tout à leur honneur. Au final, quand on voit que vous venez avec de la bienveillance et que vous êtes sincère dans votre démarche artistique, on finit toujours par vous accepter.

Ibrahim Maalouf, le 29 juillet, Arena 5. www.arena5.be

 

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