Streaming : « des rémunérations pitoyables » pour les artistes

Après une enquête sur le sujet, une commission parlementaire britannique recommande une révision complète du modèle économique du streaming afin qu’interprètes, auteurs et musiciens soient plus justement payés.

Spotify est l'une des plus célèbres plateformes de streaming. (Zumapress)

Aujourd’hui, seuls les passionnés achètent encore CDs, disques vinyle, cassettes ou fichiers MP3 sur des sites comme Bandcamp. La plupart des auditeurs de musique sont, eux, uniquement abonnés à des plateformes de streaming, proposant pour une modique somme par mois, un catalogue démentiel d’albums et singles, de tous pays et toutes époques, à portée de main.

Des plateformes régulièrement critiquées pour la façon dont elles influent sur l’industrie musicale, mais également pour leur manière de partager ses bénéfices avec les artistes.

Cela faisait un an qu’une commission du Parlement britannique s’était penchée sur la question, afin de voir comment fonctionne l’économie du milieu musical d’aujourd’hui. C’est la première fois au monde qu’un pouvoir législatif examine de façon aussi approfondie qui profite de la mainmise du streaming sur la musique.

Cette commission a commencé à travailler sur ce sujet en octobre, en interviewant de nombreux artistes, dont de très célèbres comme Nile Rodgers ou Ed O’Brien de Radiohead, et plusieurs qui ont préféré rester anonymes par peur de représailles… Les plateformes de streaming ont également été entendues. 

Ce 15 juillet, elle a publié son rapport et il est plutôt accablant : il parle de « rémunérations pitoyables » et demande d’importants changements au plus vite afin que ceux qui font la musique soient mieux rétribués pour leur travail.

« Alors que le streaming a apporté des profits considérables à l’industrie de la musique, les talents qui se cachent derrière — les interprètes, les auteurs et les compositeurs — sont perdants », a déclaré Julian Knight, député, qui préside cette commission parlementaire. « Seule une révision complète du fonctionnement des plateformes de streaming, qui assurera légalement une part équitable des gains aux artistes, sera acceptable. »

Selon le rapport, les royalties liées au streaming devraient être divisées à 50/50 entre les artistes et les labels, alors qu’ils ne touchent qu’environ 16% des bénéfices.

Rien d’obligatoire

Malheureusement, ce rapport ne peut rien imposer et fait seulement des recommandations.

Parmi celles-ci, elle demande au Gouvernement britannique d’introduire un droit à une rémunération équitable pour les interprètes et musiciens et suggère des modifications du modèle économique du streaming musical, pour que les artistes en profitent plus.

Un autre problème pointé du doigt : la domination des gros labels qui dominent le marché. Le rapport fait part de « préoccupations constantes ». En effet, il indique que les grandes maisons de disque ont plus de possibilités de négociations avec les plateformes de streaming, concernant les revenus ou le positionnement dans les playlists, que les petits labels indépendants qui sont les perdants de l’histoire.

« Nous sommes réellement préoccupés par la façon dont le marché fonctionne, avec des plateformes comme YouTube capables d’obtenir un avantage injuste sur leurs concurrents et le secteur de la musique indépendante qui peine à lutter contre la domination des grands labels », a ajouté le député Knight.

« Révolutionnaire« 

Les résultats de cette enquête ont évidemment été chaudement accueillis par de nombreuses associations d’artistes. Trois d’entre elles, la Musicians’ Union, l’Ivors Academy et la campagne #BrokenRecord, ont publié une déclaration commune, invitant le Gouvernement britannique à suivre ces recommandations. Pour Horace Trubridge, secrétaire général de la Musicans’ Union, « Ce rapport multipartite est révolutionnaire. Il saisit la question, identifie les problèmes et recommande des solutions réalisables et pratiques, qui ne coûteront pas un centime au contribuable. Il est temps de tirer le meilleur parti de ce rare consensus entre partis, de mettre à jour la législation britannique sur le droit d’auteur […] et de faire du Royaume-Uni le meilleur endroit pour être musicien. »

Un joli pas en avant pour l’industrie musicale britannique. Reste à voir si cette démarche fera des émules à plus grande échelle, au niveau européen ou américain notamment, car la problématique n’a rien de local. 

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