Jean-Jacques Goldman : Sa première interview en Belgique

Access All Areas ou comment Rudy Léonet plonge dans ses souvenirs et fait revivre - avec la complicité du dessinateur Clarke - des instants comme cette rencontre avec un certain Jean-Jacques Goldman, chanteur pas très connu…

Jean-Jacques Goldman @BelgaImage

Illustré par Clarke, le livre Access All Areas de Rudy Léonet paraît en octobre. Pendant cinq semaines, nous en publions des extraits où – de Bowie à Daho, et de Gainsbourg à Cure – les belles rencontres se succèdent.

Je n’en retire aucun mérite, mais la première interview de Jean-Jacques Goldman en Belgique, c’est moi qui l’ai faite en septembre 1981! C’était un retour de politesse. Jean-Jacques avait été engagé pour venir chanter dans une émission de télé ringarde et c’était une sorte de faveur concédée par la production télé au label CBS et en particulier à son attachée de presse française Suzy qui s’occupait de l’export. La prod TV savait qu’en échange de ce service rendu en programmant un jeune inconnu fraîchement débarqué, ils recevraient un retour d’ascenseur comparable à un monte-charge dont les étages s’appellent Cabrel, ­Chamfort, Iglesias, Jakie Quartz, Louis Chedid…

Autant pour rendre service à Suzy (qui était aussi manageuse de Trust) que pour occuper Jean-Jacques qui patiente, j’accepte de faire son interview sans rien savoir de lui. Elle me rassure, me dit de ne pas me faire de souci, qu’il est super-gentil et qu’il peut parler à peu près de tout et n’importe quoi à commencer par son ancien groupe Taï Phong qu’il venait juste de quitter. Du coup je ne me suis plus senti complètement démuni. Je connaissais la chanson ­Sister Jane, on allait donc commencer par là et puis on verrait bien.

jean-jacques goldman

Le quart d’heure concédé devint deux heures de ­conversation passionnante et on s’est quittés en se promettant de se revoir. C’est surtout lui que j’ai revu, tout le temps, partout, sur toutes les chaînes, non-stop. Il était devenu le phénomène Goldman. Il s’en est souvenu parce que pendant des années il nous arrivait de nous croiser et, à ­chaque fois, Jean-Jacques changeait de trottoir, traversait un couloir ou une pièce pour venir me dire bonjour et me demander comment ça allait. Un jour, on s’est retrouvés dans un pittoresque café bruxellois à l’architecture Art déco, l’Ultieme Hallucinatie.

On est en 1986 et Claude Gassian, célèbre photographe, une sorte d’Anton ­Corbijn français, réalise un album sur Jean-Jacques Goldman. Il me demande si ça m’embête qu’il travaille pendant notre entretien. Bien sûr que non, ça ne me gêne pas. Et toute l’interview est couverte des bruits du déclencheur automatique de Gassian qui donnent à l’enregistrement une ambiance semblable à un essaim d’abeilles qui tourne autour de nous mais à laquelle on s’habitue vite.

Je connaissais la chanson Sister Jane, on allait donc commencer par là et puis on verrait bien.

Vingt-trois ans plus tard, j’ai recroisé Goldman à la radio. Il était en interview sur une chaîne et moi j’animais l’antenne sur une autre. Il est venu frapper à la vitre et m’a fait signe de sortir. On s’est salués chaleureusement et après avoir échangé quelques mots, il me demande si je me suis vu sur la pochette de son single “Puisque tu pars” sorti en 1987? What? Il me dit: “Si tu regardes la pochette il y a quelqu’un de dos en amorce. Eh bien c’est toi. J’adore cette photo, la manière dont je regarde, et je l’ai récupérée de la session que Claude Gassian avait faite pour son livre dans le café à Bruxelles”. Je me suis précipité dans la disco­thèque de la radio et là effectivement je me suis vu de dos sur la pochette de J.J. Goldman en noir et blanc sur le single, en couleurs sur le maxi, sans que personne ne le sache à part lui. Et maintenant moi.

Puisque tu pars

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