Rudy Léonet : Souvenirs, rencontres et pass

Illustré par Clarke, son livre Access All Areas paraît en octobre. Pendant cinq semaines, nous en publions des extraits où - de Bowie à Daho, et de Gainsbourg à Cure - les belles rencontres se succèdent.

Rudy Léonet - All Access Area

Passer une soirée avec Rudy Léonet, c’est la garantie de l’écouter parler de Billie Eilish, du nouveau look de la chanteuse et de l’entendre lancer sa fameuse sentence (“Ça ne va pas!”) qui tombe comme le verdict de la cour suprême du bon goût de la pop. Mais dîner avec Rudy Léonet, c’est aussi la garantie de s’attendrir lorsqu’il évoque ses rencontres avec des artistes à qui il a toujours voué une passion sincère, ces extraterrestres responsables de moments qu’il trimballe avec tendresse comme d’autres transportent le souvenir de leurs albums Panini.”Des histoires, j’en ai plein, explique-t-il, il m’arrive d’en raconter, et les gens me regardent en me disant “Tu devrais en faire un livre” – sauf que moi, j’ai toujours trouvé que ça n’avait aucun intérêt parce que je suis partout sauf dans la nostalgie.

Le livre, il a fini par l’écrire (et la tablée d’applaudir.) Il s’intitule Access All Areas, il paraît chez Lamiroy en octobre et il est ­illustré par Clarke, père de Mélusine, qui livre un étonnant travail de relecture graphique de pochettes d’artistes qui forment le ­casting de cette superproduction sentimentale. “Je n’avais pas envie de faire un recueil d’interviews, précise Rudy Léonet. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter ce qui se passe autour d’une interview, le ressenti d’une rencontre – sachant que je ne suis jamais allé faire une interview le couteau entre les dents. Tous les gens qui font ce métier font preuve d’une vulnérabilité qui parfois est cachée derrière de l’arrogance ou des postures.”

Si la galerie est impressionnante – on croise Rudy en tête-à-tête avec Bowie, Daho, Depeche Mode, Robert Smith, Peter Gabriel, George Michael, Björk, Balavoine, Gainsbourg… -, la description de l’instant se fait par touches, évoquant ici un détail, là un regard, ailleurs un personnage inattendu qui ­surgit dans le tableau. À chaque rencontre, le journaliste nous invite à partager – et à attraper – quelques paillettes dorées d’un souvenir ravivé par une ­écriture délimitant l’espace d’une intimité qui n’a pourtant duré qu’un instant. En arrière-plan de ces saynètes, on devine aussi les mœurs d’une industrie de la musique qui n’existe plus…

À l’époque, interviewer un artiste, c’était vraiment vivre une rencontre. On avait un quart d’heure pour briser la glace, vingt minutes pour aller à l’essentiel et un quart d’heure pour discuter de choses superficielles qui, souvent, disaient plus que le reste. Aujourd’hui, avec les junkets de dix minutes ou les interviews par écrans interposés, on ramène juste la matière utile pour résumer l’actu de l’artiste et c’est tout. Aller au-delà c’est impensable.

Entré à la RTBF par la porte de l’assistant (celui de Marc Moulin en 1982), collaborateur de Moustique où il a expérimenté toutes les formes de l’écriture rock – dans les années 90 -, Rudy Léonet justifie le titre de son livre dans une introduction dédiée à Elton John, expliquant qu’en concert “un pass ne se prête pas”, précisant que “le Graal, c’est le AAA: “Access All Areas”. C’est le pass des pass”. Un livre revenu du backstage de sa mémoire qui lui a remis les yeux en face d’instants privilégiés que la jeunesse avait fait passer comme des lettres trop vite affranchies. “En repensant à tous ces souvenirs, conclut Rudy, je me suis dit que j’étais un idiot car au moment où tout cela s’est passé, je trouvais ça normal. Aujourd’hui, je sais que j’ai vécu des moments extraordinaires. Plus j’y pense, plus je trouve que ce n’était absolument pas normal.

RETROUVEZ ACCESS ALL AREAS chaque semaine dans notre magazine, sur notre site et sur nos réseaux sociaux. Partagez vos souvenirs de musique avec nous.

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