Le témoignage effarant de Britney Spears à propos de sa tutelle

Placée sous la tutelle de son père depuis 2008, la pop star a enfin pris la parole mercredi pour espérer retrouver sa liberté et le contrôle de son corps.

Des fans de Britney Spears témoignent leur soutien en manifestant devant le tribunal de Los Angeles, le 23 juin 2021. - REUTERS

« Je veux juste retrouver ma vie, ça fait treize ans et ça suffit. » Au tribunal de Los Angeles, mercredi, Britney Spears a supplié de mettre fin à une tutelle « abusive » qui la prive de son autonomie depuis 2008, à la suite de troubles psychologiques. « J’ai dit au monde que je suis heureuse et que je vais bien » mais « je suis traumatisée », a confié l’artiste de 39 ans. « Je ne suis pas heureuse, je ne peux pas dormir. Je suis tellement en colère », a-t-elle insisté, assurant « pleurer tous les jours ».

Cette tutelle a mis entre les mains d’autrui, en particulier son père Jamie Spears, le contrôle de sa carrière, de sa fortune – estimée à près de 60 millions de dollars -, et d’autres aspects de sa vie personnelle. Jusqu’aux détails les plus intimes. La chanteuse a révélé qu’elle voulait un troisième enfant, mais qu’elle était forcée de prendre un moyen contraceptif. « Je veux pouvoir me marier ou avoir un bébé. Ce n’est pas le cas avec la tutelle. On m’empêche d’aller chez le médecin pour faire retirer mon stérilet parce qu’ils ne veulent pas que j’ai un enfant. »

I’m (not) a slave 4 U

Accusant sa famille de tirer avantage de la situation, l’interprète de « Toxic » a également confié avoir travaillé contre son gré, notamment lors de sa tournée en 2018. « Mon manager a dit que si je ne le faisais pas, je devrais trouver un avocat et qu’en raison de notre contrat, mon manager pouvait porter plainte contre moi », s’est-elle souvenue, décrivant une scène « effrayante » et « menaçante ». « Je ne suis pas là pour être l’esclave de qui que ce soit. »

Britney Spears

Britney Spears en 2019. – AFP

Britney Spears n’a pas non plus de contrôle sur ses soins de santé. Dans son discours d’une vingtaine de minutes, la chanteuse a accusé ses médecins d’avoir remplacé « sans raison » les médicaments qu’elle prenait depuis plusieurs années par du lithium, un stabilisateur de l’humeur, après avoir dit à la direction qu’elle souhaitait mettre fin à sa résidence à Las Vegas. « J’avais l’impression d’être ivre. Je n’arrivais pas à parler. Je n’arrivais même pas à avoir une conversation avec ma mère ou mon père. Je lui ai dit que j’avais peur et mon médecin m’a fait m’entourer de six infirmières différentes, qui venaient chez moi, surveiller que je prenais bien ce nouveau traitement pour lequel je n’avais même pas donné l’autorisation. »

« Tout ce qui m’est arrivé a été approuvé par mon père », dénonce celle qui n’a même pas le droit de monter en voiture avec son compagnon Sam Asghari. « Il aime le contrôle pour blesser sa propre fille, 100.000%. » L’idole des années 2000 a raconté un événement en particulier, lorsqu’elle a été contrainte de se rendre dans un centre de réadaptation. « J’y ai travaillé sept jours sur sept, sans congé, ce qui, en Californie, s’apparente à du trafic sexuel. Faire travailler quiconque contre sa volonté, lui prendre toutes ses possessions – ses cartes de crédit, son argent, son téléphone, son passeport – et les mettre dans une maison pour travailler pour des gens qui vivent là. Les infirmières, la sécurité, tout le monde vivait là. Il y avait un chef qui venait cuisiner. Ils me regardaient me changer, tous les jours, nue. Matin, midi, soir. Mon corps n’avait plus aucune intimité », a-t-elle expliqué, ajoutant que si elle refusait de suivre ce programme, elle ne pourrait plus voir ses enfants ou son petit-ami.

« Mon père et toutes les personnes impliquées dans cette tutelle, et mon management qui a joué un grand rôle dans le fait de me punir après que j’ai dit non, ils devraient être en prison », a affirmé l’artiste qui veut porter plainte contre sa famille. « Je veux pouvoir raconter mon histoire au monde, ce qu’ils m’ont fait, plutôt qu’être réduite au silence pour un secret dont ils profitent. »

britney spears

Des fans de la chanteuse exigent sa liberté. – REUTERS

Une bataille de longue haleine

C’est la première fois que Britney Spears tient des propos aussi accablants en public. Selon des documents cités par le New York Times, la star a toutefois exprimé à plusieurs reprises une nette opposition aux conditions de son régime de tutelle. « Elle a déclaré qu’elle avait le sentiment que la tutelle était devenue un moyen de contrôle oppressant à son encontre », écrit un enquêteur judiciaire chargé du dossier dans un rapport daté de 2016. C’est seulement trois ans plus tard qu’elle est parvenue à entamer des poursuites judiciaires à l’encontre de son père. Mais ses déclarations de l’époque étaient restées confidentielles.

« Je ne pense pas avoir été entendu à quelque niveau que ce soit quand je suis venu au tribunal la dernière fois », a-t-elle déclaré mercredi. « Je vous le répète à nouveau pour que vous puissiez peut-être comprendre la profondeur des dégâts qu’ils m’ont causés. Je veux des changements. Je mérite des changements. » Félicitant l’artiste pour sa prise de parole et son courage, la juge a indiqué que son recours serait examiné à une date ultérieure.

(Marise Ghyselings)

Sur le même sujet
Plus d'actualité