Tac au tac: Anne Parillaud

L’actrice publie Les abusés, histoire d’amour toxique longtemps mise
de côté. Conversation.
 

@ D.R.

Le déclic de ce livre, c’est quoi? C’est qui? Il y a un psy derrière?
Pas du tout. Je n’ai pas suivi de psychanalyse. Pour suivre une psychanalyse, il faut que la souffrance soit forte au point de vouloir s’en libérer. Moi, j’ai cette chance de pouvoir la libérer à travers l’expression artistique – ce qui est un privilège incroyable. Sinon, le déclic, c’est la perte de mon père, je me suis mise à écrire tout de suite après…

Votre père vous faisait-il peur?
Pas de façon si claire, mais inconsciemment, je n’avais pas envie de trahir…

Vous avez vécu un déni d’abus de la part de votre père. Pouvez-vous expliquer ce déni?
C’est une protection dans laquelle on s’enveloppe pour ne pas être dans une souffrance qui empêche de vivre…

Vous ne pensez pas que c’est une bombe à retardement? Que ça va vous exploser en pleine figure un jour ou l’autre?
(Silence.) Non, parce que, justement, j’ai une façon d’être dans la vérité à travers l’expression artistique. Les choses s’évacuent quand même…

Êtes-vous en désaccord avec vos soeurs et demi-soeurs qui, elles, pointent votre père?
Je respecte. Mes soeurs, comme d’autres victimes. Chacun fait comme il peut pour s’en sortir… Moi, je suis plus dans une démarche de compréhension qui peut m’amener à la compassion qui peut m’amener à un éventuel pardon…

Vous dites “Si on n’aime pas mon livre, on ne m’aime pas moi”. Mais quand on est actrice, on adore être aimée!
Exactement! C’est le paradoxe… Si je n’ai pas écrit avant, c’est que j’avais besoin d’un tel amour… J’avais besoin d’être prête pour être éventuellement critiquée et ne pas forcément être aimée. Ça m’a pris tout ce temps, mais je peux vous dire que, la veille de la sortie de mon livre, je n’étais plus si sûre d’accepter de ne pas être aimée. 

Êtes-vous une femme blessée ou une femme réparée?
En tant qu’actrice, je reçois de l’amour qui remplit des vides affectifs. Je ne sais pas si ça répare, mais ça comble…

Vous êtes-vous sentie une proie dans le milieu du cinéma?
Les choses évoluent grâce à la libération de la parole, les choses bougent pour que le mot “proie” ne soit plus associé à la femme.

Avez-vous souffert d’être une femme dans le milieu du cinéma?
Oui, évidemment, comme dans tous les milieux – même si dans le cinéma c’est plus confus. Le cinéma c’est une affaire de désir et de séduction…

Il vous est arrivé des choses?
Je n’ai pas envie de m’étendre – mais oui, c’est parfois compliqué et on se bat pour exister autrement que dans les mains de gens qui vous déconsidèrent. Aujourd’hui, je n’accepte plus les abus de pouvoir, ça, c’est terminé!

Ça veut dire que si vous n’acceptez pas les abus de pouvoir, vous n’avez pas le rôle?
On n’en a pas certains, mais on en a d’autres. À vous d’avoir le talent pour renverser le pouvoir.

Pensez-vous qu’on aurait autant parlé de votre livre s’il n’avait pas été signé par Anne Parillaud?
(Silence.) Je pense que ça peut éveiller une curiosité, à moi d’aller au-delà de ça et de faire oublier qui est derrière.

On ne vous a pas trop emmerdée avec Nikita, Luc Besson, Jean-Michel Jarre?
Très peu.

Les abusés, Robert Laffont, 369 p.

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