Coluche a-t-il encore des choses à nous dire ?

L'humoriste star des années 80 est mort il y a tout juste 35 ans. Est-il toujours drôle en 2021?

Belga

Le 19 juin 1986, Michel Colucci écrase sa moto sur un camion. Il avait 41 ans et était un des personnages publics francophones les plus flamboyants. Son personnage de clown burlesque à salopette et petite lunette (qui fait aujourd’hui penser à Krusty le Clown dans les Simpsons) a marqué son époque. Grande gueule qui refusait de la fermer, toujours avec un second degré qui frôlait le scandale, Coluche représente une certaine idée de la France des années 70 et 80. Mais est-il encore pertinent aujourd’hui ?

1. Les blagues sur les Belges, c’est de sa faute

En tant que Belge, c’est la première chose qui nous vient en tête. On doit à Coluche les blagues françaises sur les Belges. Ah, ça nous a collé à la peau, ce gros accent caricatural, cette image beauf, tout ça, c’est de sa faute! C’est à cause de lui qu’on a gardé si longtemps cette image de « petit » Belge un peu con-con pour le grand et fier voisin. Coluche, en un sens, est l’archétype du Français qui nous prend de haut. Le pire, c’est que 40 ans après, cette blague ne fait toujours pas sourire… Et on est pourtant réputé pour notre (auto-)dérision ! Trop franchouillard, Coluche ?

 

2. Un second degré toujours « borderline »

Coluche a toujours navigué entre le grossier et le vulgaire. La ligne est fine, et c’est ce qui a fait une partie de son génie. Aujourd’hui, certaines choses ne passent plus du tout. En particulier, les accents (arabes, africains, belges, donc…) qui sont un reliquat des années 80, lorsque la parole était uniquement blanche et masculine. Autre sketch qui aurait du mal à passer à l’heure actuelle, celui sur le viol : « Je l’ai pas violée. Pas plus que les autres. Et puis, violer c’est quand on veut pas. Moi, je voulais… »

 

Coluche a toujours usité d’un second degré piquant, toujours borderline. Et à l’heure des réseaux sociaux, ce second degré n’est plus forcément compris. Aux oubliettes, le second degré ! On n’a plus le temps pour chercher à comprendre ça ! Son humour piquant, satirique et libertaire est très ancré dans ces années post-68, celui de Charlie Hebdo et autres, qui n’est plus toujours compris aujourd’hui, qui ne colle peut-être plus à notre époque. Pourtant, Coluche n’a jamais cessé de prendre la défense des opprimés et des minorités. Comique au grand coeur, il voulait donner une voix aux sans-voix.

3. Grande gueule et roi du buzz

Coluche était un personnage public clivant et grande gueule qu’il était difficile d’ignorer. Viré plusieurs fois de la radio, toujours réembauché quelque part, il était un maître pour faire le buzz avant même que le mot n’existe. En ce sens, il était un précurseur de notre époque de réseaux sociaux qui demandent sans cesse à être nourris.

Son plus gros buzz a sans aucun doute été l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle de 1981. D’abord lancée comme une blague, les choses deviennent très sérieuses quand il est crédité de 16% d’intentions de vote. Des pressions diverses le feront finalement renoncer à se présenter. Il n’empêche, Coluche avait lancé quelque chose, bien avant Kanye West.

 

Plus sérieusement, cet homme de gauche, toujours à pousser une gueulante contre les injustices et, de manière générale, le petit monde de la politique politicarde, à la manière de Guy Bedos à la même époque, préfigurait l’humoriste italien Beppe Grillo qui  a lancé son propre parti, le mouvement 5 étoiles, considéré comme anti-système et vainqueur des dernières élections en Italie. Aujourd’hui, où se situerait Coluche politiquement ? Serait-il toujours militant de gauche ? Ou aurait-il viré, comme beaucoup de « gauchistes » déçus de la gauche ou manquant parfois de nuance, du côté de l’extrême droite ? Certains l’imaginent du côté des gilets jaunes, contre le système… Mais qui peut dire ?

4. Clown triste au grand coeur

« Tchao Pantin », le film de Claude Berri sorti en 1983, a montré le véritable Coluche : un clown triste, comme tous les grands clowns. Un clown triste au grand coeur, aussi. Ainsi quand il lance une idée en direct à l’antenne : « Des repas gratuits pour l’hiver pour ceux qui ont pas de quoi bouffer ». Les Restos du Coeur sont nés et trente-cinq ans après, ils sont toujours là. C’est sans doute là qu’on trouve l’héritage de Coluche.

 

 

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