Cinéma : Nomadland, la route au féminin

Couronné par trois oscars dont meilleur film et meilleure actrice, Nomadland nous embarque dans une expérience de dépouillement existentiel, avec une sidérante Frances McDormand.

Nomadland

En 2011, la ville d’Empire dans le Nevada est déclarée en faillite à la fermeture de l’usine d’extraction de gypse, plongeant ses habitants dans un chômage massif, les obligeant à prendre la route. Parmi eux, Fern (colossale Frances McDormand) qui survit dans son van et enchaîne les boulots saisonniers dans la grande désagrégation du monde. À travers ses rencontres et ses boulots (emballeuse chez Amazon au moment des fêtes, ramasseuse de pommes de terre, trieuse de pierres…), le film suit une année dans la vie d’une femme qui a choisi la vie nomade.

Porté par la beauté émaciée, quasi minérale, de l’actrice phare des frères Coen, ce troisième long métrage de Chloé Zhao (39 ans) radiographie une autre Amérique, mêlant comme à son habitude récit fictif et éclats documentaires où surgissent de jeunes travellers, des femmes exclues du système, dont la bouleversante Swankie qui choisit de quitter le monde sur la route. Vivant des rencontres brèves mais solidaires dans la communauté nomade, lâchant la possibilité de véritables attaches, se confrontant à la honte sociale et renonçant au monde, la traversée de Fern se meut en une méditation quasi existentielle sur le dépouillement et la perte que seul peut-être, le cinéma des grands espaces répare, inventant un western féminin inédit, à la fois intime et profondément américain. Chloé Zhao vient de réaliser le prochain Marvel, Eternals qui ­sortira à l’automne.

Nomadland ****
Réalisé par Chloé Zhao. Avec Frances McDormand, David Strathairn – 107’.

Nomadland

 

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