Tac au tac: Franz-Olivier Giesbert

Végétarien de longue date, il publie Rien qu’une bête. Interview végé et itinéraire d’un ami des animaux.
 

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Votre roman raconte comment un homme accepte d’être ramené à l’état de porc d’élevage. Il est rabaissé, humilié, engraissé, gavé comme une oie. C’est effrayant!
Pourtant, je ne l’ai pas écrit ça comme ça. J’ai écrit un suspense, genre page turner avec des surprises… Après, c’est vrai que, si on a une sensibilité très forte, il y a certainement des scènes difficiles…

Je dois être hypersensible…
Oui, vous êtes hypersensible, mais soignez-vous.

Qui était Perdican?
C’était un chevreau que j’ai eu quand j’avais 7 ans, et qui est devenu un bouc assez agressif. Après un conseil de famille pour savoir ce qu’on allait en faire, mes parents l’ont fait tuer. Et le lendemain matin, quand j’ai vu une partie de sa carcasse dans le frigo, je n’ai pas eu envie d’en manger…

C’est un vrai moment initiatique…
Ah, oui. On habitait à la campagne, dans une ferme avec une porcherie… Je connaissais bien les cochons, j’avais des amis cochons. Je dis toujours que je sens un peu le cochon… Vous ne trouvez pas?

Peut-être pas vous, mais vos madeleines de Proust, elles doivent sentir la cochonnaille!
(Rire.) Oui, c’est un univers que je connais par coeur…

Le cochon est l’animal dont la sensibilité est la plus proche de celle de l’homme. Qu’avez-vous en commun avec un cochon?
Une capacité à affronter le stress. Je suis facilement en stress et le cochon est un animal qui a beaucoup de stress.

Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez mangé de la viande ?
J’ai mangé du poulet quand mes enfants étaient encore jeunes et qu’ils en voulaient. Je ne leur refusais pas car, même si je suis ferme, je ne suis pas un fanatique. Mais ça ne me manque pas, ça me dégoûte la viande.

Quand comment réagissez-vous quand on présente de la viande à table? Vous restez muet ou vous faites un peu de prosélytisme?
Oui, je reconnais que j’aborde le sujet en faisant un peu de prosélytisme – pas trop, mais un petit peu. En société, il ne faut pas être dictatorial, il faut laisser tout le monde vivre. En revanche, ce qui me gêne vraiment c’est si on sert du veau ou de l’agneau, j’ai un rejet de tout ce qui est bébé. Je fais un rejet, j’ai des images d’abattages dans la tête…

Et les fruits de mer?
J’ai honte, mais j’en mange. Les coquilles Saint-Jacques, j’adore.

Commentez cet aphorisme de Lamartine: “On n’a pas deux coeurs, un pour les animaux, et un pour les humains. On a un coeur ou on n’en a pas.
Une phrase que je cite souvent. Je n’aime pas l’idée que le végétarien serait hostile aux hommes et qu’on aime les bêtes parce qu’on n’aime pas les humains. C’est absurde. 

Être végétarien, ça fait de vous une meilleure personne?
Non, mais le végétarisme est une forme de lucidité… Une lucidité sur le bien-être animal. On peut trouver que c’est mal d’abandonner son chien, mais manger du jambon qui vient d’un cochon maltraité et transporté dans des conditions épouvantables, alors que le bien-être animal, c’est un tout.

Si vous pouviez être réincarné en animal ce serait lequel?
Un oiseau. Une hirondelle ou un perroquet. Oui, un perroquet, c’est pas mal… Je pourrais parler toute la journée et m’écouter.

Rien qu’une bête, Albin Michel, 357 p.
 

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