Les acteurs de Friends ont vieilli, et alors ?

Les critiques sur le physique de Monica et sa bande, après 17 ans d'absence, sont révélatrices de l'âgisme solidement imprégné dans notre société.

Chandler, Joey, Ross, Monica, Rachel et Phoebe sont de retour. - HBO Max

Les fans en rêvaient, HBO Max l’a fait. Monica, Ross, Rachel, Joey, Phoebe et Chandler vont se retrouver, ce jeudi, le temps d’une émission spéciale baptisée « Friends : The Reunion ». Pour le plus grand plaisir des nostalgiques de cette sitcom indétrônable. Au programme : des anecdotes de tournage, des lectures de scènes cultes, un quiz inspiré d’un des meilleurs épisodes de la série et des invités de marque.

En dix ans et autant de saisons, Friends a marqué toute une génération et continue de séduire un nouveau public, en particulier depuis qu’elle a rejoint le catalogue Netflix en 2015. Preuve de sa popularité intacte : la bande-annonce de ces retrouvailles tant attendues a été visionnée plus de sept millions de fois en 24 heures.

Cibles de critiques

Mais tout le monde n’a pas accueilli ces images avec le même enthousiasme. Outre les déçus qui espéraient encore voir un véritable épisode, le trailer a provoqué un déferlement d’attaques et de critiques sur les réseaux sociaux. En cause : le changement d’apparence physique des six amis, jugés désormais trop gros, trop botoxés, trop vieux. « Ils ont pris cher », « le poids des années fait mal », peut-on lire par exemple sur Twitter.

À force de remater la série tous les deux ans, certains sont visiblement restés bloqués dans les années 90, oubliant que les acteurs et actrices ont vieilli. Comme nous. En 17 ans d’absence, Courteney Cox, David Schwimmer, Jennifer Aniston, Matt LeBlanc, Lisa Kudrow et Matthew Perry, désormais toutes et tous cinquantenaires, ont forcément changé.

Mépris de l’âge

Ce flot de critiques sur le vieillissement de ces célébrités est assez révélateur. Dans une société qui a horreur de vieillir, l’âgisme ne concerne pas seulement les seniors, mais désigne plutôt tous les préjudices fondés sur l’âge. Un phénomène encore plus marquant sur nos écrans, et en particulier chez les femmes.

Au cinéma, la part des actrices fond drastiquement à partir de… 30 ans, selon des chiffres dévoilés en novembre dernier par le Centre national de la cinématographie et de l’image animée. Le constat est clair : les actrices ne vieillissent pas, elles disparaissent. Depuis cinq ans, le collectif Tunnel de la comédienne de 50 ans tente également de briser cet omerta. D’après son dernier rapport, seuls 8% des rôles ont été attribués à des femmes de plus de 50 ans, deux fois moins qu’à des hommes de la même tranche d’âge, sur l’ensemble des films français de 2019.

C’est dans ce contexte que la pression sur le physique augmente avec les années, poussant de nombreuses célébrités, femmes mais aussi hommes, à avoir recours à la chirurgie esthétique pour trouver encore des rôles et repousser cette retraite anticipée. Pour Samuel Dock, écrivain et psychologue clinicien à Paris, cette pratique est « souvent réservée à une certaine classe ». « En se moquant de la chirurgie, on se moque des classes dominantes et de leurs codes. Par ce biais, on abolit, le temps d’un instant, cette frontière et l’on triomphe de la lutte des classes », analyse-t-il pour le Huffington Post.

Courteney Cox alias Monica Geller en a fait les frais durant de nombreuses années. « Vieillir n’a pas été la chose la plus facile. J’essayais de gérer le fait de vieillir en tentant d’y échapper. Mais ce n’est pas quelque chose que l’on peut fuir », avait confié l’actrice à propos de ses injections de botox en 2017, après avoir arrêté la chirurgie esthétique. Elle y évoquait également ce poids psychologique. « Il y a une pression pour maintenir votre apparence. Ce n’est pas juste à cause de la célébrité, mais c’est aussi le lot des femmes dans ce métier. »

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