La poétesse américaine Amanda Gorman : il était une voix

La colline que nous gravissons paraît ce 19 mai dans une traduction signée par la Belge Lous And The Yakuza. Focus sur l’icône d’une nouvelle scène littéraire.

Amanda Gorman @BelgaImage

Mercredi 20 janvier. Sur les ­marches du Capitole à Washington, devant 40 millions de téléspectateurs, il y a Joe Biden et Kamala Harris prêtant serment à la nation américaine. Il y a aussi elle, Amanda Gorman. Dans l’avant-propos de son livre qui paraît cette semaine, Oprah Winfrey n’a pas assez de mots pour décrire la scène: “Tous ceux et celles qui l’ont regardée sont repartis emplis d’espoir, émerveillés d’entrevoir le meilleur de ce que nous sommes et pourrions être. […] Nous avons senti le soleil transpercer “l’ombre sans fin qui s’étire””.

Ce jour-là, dans un manteau jaune Prada, coiffure afro surmontée d’un bandeau carmin porté “comme une couronne”, Amanda Gorman, 22 ans, prend la parole et scande The Hill We Climb dont la traduction – La colline que nous gravissons, signée par la Belge Lous And The Yakuza – paraît aujourd’hui. L’occasion de redécouvrir la force de ce poème ­civique en forme d’appel à la justice et à la défense de la démocratie. Sur sa main droite qui ponctue le rythme du texte, une bague représentant un oiseau en cage en mémoire de la poétesse afro-américaine Maya Angelou. En quelques minutes, Amanda Gorman devient une idole.

Amanda Gorman @BelgaImage

Comme une alerte à l’éveil, La colline que nous gravissons invite la nouvelle génération à prendre ses responsabilités, à poser “nos yeux sur le futur” puisque “l’histoire a les siens posés sur nous”. Dans une langue exécutée sur un rythme intrépide qui fait honneur à la jeunesse, le poème s’inscrit dans une lignée activiste qui, d’emblée, demande où “trouver la lumière dans cette ombre sans fin qui s’étire”. Objet de toutes les transactions, au centre d’une jolie opération marketing, best-seller en Amérique, le recueil d’Amanda Gorman devrait être suivi, à la rentrée, par un autre livre. Née en 1998 à Los Angeles, élevée avec sa sœur jumelle Gabrielle par une mère célibataire, professeure d’anglais, elle développe très tôt un rapport particulier aux livres. Atteinte d’un trouble de l’audition qui entraîne une difficulté à articuler la lettre “r”, elle surmonte son handicap grâce à la poésie récitée. Pétrie de féminisme noir, ado, elle crée l’association One Pen One Page, axée sur la création littéraire pour les jeunes défavorisés. Étudiante en sociologie à Harvard, elle multiplie les prises de parole et les poèmes engagés.

Traduction et polémique

Lous and the Yakuza @BelgaImage

L’exposition médiatique d’Amanda Gorman ne peut aller sans éclat… La fierté de l’Amérique s’est donc invitée en Europe avec une polémique autour de la traduction de ses poèmes. Si la traduction en français de l’autrice et chanteuse belgo-congolaise Lous And The Yakuza (photo) n’a inspiré aucun commentaire négatif, le choix d’une autrice blanche aux Pays-Bas pour faire le même travail a suscité la polémique. En février, Marieke Lucas Rijneveld, choisie par l’éditeur néerlandais, jette l’éponge sous le poids de la pression, alimentant un débat guidé par cette question: une personne blanche peut-elle traduire la voix d’une Afro-Américaine descendante d’esclave sans la trahir? À l’origine de la controverse, la carte blanche de l’activiste Janice Deul disant regretter la maladresse de la maison d’édition qui n’a pas cherché “une jeune femme slameuse et fièrement noire”. Le débat reste ouvert et prouve l’importance nouvelle des questions raciales qui traversent le monde de l’édition. En attendant, profitons de la traduction française…

La Colline que Nous Gravissons

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