Sébastien Tellier : “Je suis esclave de mes sentiments”

Le chanteur français se produira en tête d’affiche des Nuits Botanique le 17 septembre. Moustique l’avait rencontré à la sortie de son dernier album « Domesticated ».

Sébastien Tellier - Valentine Reinhardt

Une ligne de synthé paresseuse qui annonce déjà le farniente de l’été. Un saxophone tout droit sorti d’un slow FM des années 80. Des vrais gazouillis d’oiseaux dans le mixage final… Plus personne n’oserait introduire un nouvel album de cette manière. Sauf Sébastien Tellier. Le disque en question s’appelle “Domesticated”, il est sorti voici un an. Après un rendez-vous avorté aux Nuits Botanique en 2020, son auteur Sébastien Tellier le présentera le 17 septembre au festival bruxellois.

« Ce mot « Domesticated », c’est Sofia Coppola qui me l’a soufflé lors d’une fête de mariage », précise-t-il. La première chanson du disque s’intitule, quant à elle, A Ballet. « J’étais heureux de jouer avec les sonorités du mot. « Ballet », ça qui convoque l’idée d’un spectacle de danse certes gracieux. Mais dans mon cerveau de francophone, quand j’entends « balai », je pense aussi à l’ustensile pour nettoyer les sols. »

Home sweet home

Le chanteur français de quarante-quatre ans, qui dit avoir été éduqué aux albums concepts de Pink Floyd, King Crimson ou Emerson, Lake And Palmer présente en effet “Domesticated” comme une ode aux tâches ménagères. On ne rigole pas au fond de la classe… Oiseau de nuit ouvert à toutes les folies et à tous les excès à ses débuts, le chanteur français à la trajectoire imprévisible (de l’Eurovision à la french touch en passant par la pop orchestrale) s’est assagi. Il a acheté une maison à Paris. Il est marié, père de deux enfants. Entre deux puzzles avec ses gosses, il passe la serpillière dans la cuisine et fait ses courses à l’Intermarché du coin.

Le sauvage qui habitait en moi s’est envolé et je n’ai jamais été aussi heureux, constate-t-il. J’ai été très chanceux en étant parachuté dans le monde de la musique. J’ai fait le tour du monde, sorti des disques, joué dans les gros festivals, dormi dans des hôtels luxueux. Mais tout en menant cette vie de rêve, je me rendais compte que je n’avais pas encore trouvé mon bonheur. Et ce bonheur, cet état de béatitude apaisée, je l’ai ressenti en fondant un foyer. Le musicien blasé que j’étais quelque peu devenu a repris du plaisir. Quand j’ai fait le ménage, terminé la vaisselle, changé les couches-culottes et que je peux prendre deux ou trois heures pour faire de la musique, j’éprouve à nouveau du plaisir prends à nouveau mon pied. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de règles, d’horaires et de stabilité pour m’épanouir.

Comme les Beach Boys

“Domesticated” est le fruit d’une révélation et d’un cheminement personnel. Mais Sébastien Tellier nous évite pourtant le coup du disque thérapeutique et la prise de tête qui va avec. Profondément pop, léger dans ses arrangements, porté sur les mélodies et mettant particulièrement la voix de son auteur en avant (“Je m’assume enfin comme chanteur”), “Domesticated” sonne comme les Beach Boys du futur avec la poésie de Jacques Tati. Évoquant ses joies casanières et son mariage (Oui, seule chanson du disque en français), Tellier nous emmène aussi en voyage sur l’hédoniste Venezia enregistré avec le regretté Philippe Zdar de Cassius qui nous a quittés voici deux ans.

Philippe Zdar, le batteur Tony Allen qui avait joué sur mon deuxième album “Politics” et Christophe sont partis à quelques mois d’intervalle. Leur perte est immense, mais je me raccroche à leur musique et aux moments vécus ensemble. Venezia, c’est un morceau festif avec une grosse ligne de basse qu’on a fait, Philippe et moi dans le pavillon français de la Biennale de Venise. ll y avait du soleil, du vin italien, du rire. Ce morceau reflète ça, c’était un feu d’artifice. On entend la voix de Philippe à la fin de la chanson, c’est sa dernière trace. Christophe? Je l’ai toujours considéré comme mon père artistique. Dès que j’ai commencé à faire de la musique, je me suis calqué sur sa démarche. Il me reste sa musique, nos collaborations et des souvenirs de nuits de folie.”

Christophe aurait aimé “Domesticated”. A l’instar du créateur des Mots bleus, Tellier s’y impose comme un architecte qui travaille sur la texture. “Christophe, c’était le son. Moi, c’est la voix. Je ne sais pas changer une corde de guitare, je ne sais pas régler un synthé, mais je suis capable de construire une chanson à partir de la voix. Chez moi, tout démarre avec une mélodie fredonnée.”

Sur “Domesticated”, Tellier a gravé son Aline à lui. La chanson s’intitule Stuck In A Summer Love. Ce n’est pas un slow comme chez Christophe, c’est plutôt un tube électro. Mais ça parle d’un premier flirt de vacances. Un doux visage, comme une épave sur le sable mouillé… “Stuck In A Summer Love est la seule chanson qui n’évoque pas ma nouvelle vie. Mais elle représente beaucoup pour moi. C’est l’obsession du premier amour d’été que je traîne depuis mon adolescence. Je ne parviens pas à effacer cette histoire de ma mémoire. Elle me revient sans cesse et je voulais qu’elle ait sa place sur le disque. C’est la preuve que je suis un être humain. Je suis esclave de mes sentiments.”

Sébastien Tellier, le 17/9 aux Nuits Botanique, Bruxelles. www.botanique.be

Clip A Ballet, Sébastien Tellier

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