Le Musée du Chat divise: Philippe Geluck prêt à abandonner le projet

Des artistes s’opposent au projet au moyen d’une pétition en ligne. Sous pression, l’artiste a défendu le musée tout en affirmant être prêt à faire chemin arrière.

Philippe Geluck devant une de ses statues du Chat installées sur les Champs-Élysées, le 26 mars 2021 @BelgaImage

Un Musée du Chat verra-t-il le jour en 2024 à l’arrière de la Place Royale de Bruxelles? C’est le souhait de la région et de Philippe Geluck, qui voudraient l’installer en lieu et place d’un vieux bâtiment délaissé depuis plus de 40 ans. Oui, sauf que le projet ne fait pas consensus. Des artistes viennent ainsi de lancer une pétition pour que celui-ci ne voie pas le jour. Car même si officiellement, c’est le «Musée du Chat et du dessin d’humour», cela reste avant tout une vitrine pour le personnage de Philippe Geluck. Et ça, ça ne passe pas!

Bataille d’arguments

Pour les opposants au projet, créer un tel espace est perçu comme affront à la diversité artistique belge et ce à plus d’un titre. De un, il y a la sacralisation d’un artiste, ici perçue au détriment d’autres. De deux, il y a le coût du projet, près de neuf millions d’euros d’argent public. Alors que la culture est toujours confinée, la pilule passe mal. Pire: juste à côté, le Musée d’art moderne, fermé depuis 2011, attend toujours sa rénovation pour pouvoir exposer de nouveau ses collections. Voir ce retard s’accumuler alors que le projet de Musée du Chat avance bien est vécu «comme une véritable provocation» par les signataires de la pétition. Même l’architecture très contemporaine du futur bâtiment est critiquée. Bref, les opposants pensent que le projet est suffisamment boiteux pour demander son abandon pur et simple.

Du côté des autorités régionales et de Philippe Geluck, la défense s’organise. Ils tiennent d’abord à préciser la genèse du projet. Ce Musée du Chat trotte dans la tête de l’artiste depuis 2008 et n’a fait l’objet de discussions avec la région que depuis 2013-2014. Pour eux, ce n’est que le hasard si le permis d’urbanisme a été accordé pendant la crise sanitaire, lors du confinement de la culture. Ensuite, Bruxelles se devait réagir par rapport à d’autres villes comme Paris, qui souhaitaient accueillir le musée à la place de la capitale belge. Et oui, neuf millions d’euros d’argent public seront bien investis, mais c’est surtout pour le bâtiment. Philippe Geluck, en tant que locataire, mettrait lui aussi la main au portefeuille, avec plusieurs millions à la clé pour aménager l’intérieur et honorer d’autres artistes que lui-même. 

Une tension trop forte pour Philippe Geluck?

Ces arguments ne convainquent pourtant pas vraiment les deux initiateurs de la pétition, les artistes Denis De Rudder et Sandrine Morgante. Ce 2 mai, le ton est monté assez haut lorsqu’ils ont été invités par RTL-TVI à se confronter à Philippe Geluck et Rudi Vervoort, ministre-président de la région bruxelloise (confrontation visible dans la vidéo ci-dessous à partir de la 29e minute). Bien que le dessinateur affirme vouloir soutenir aussi la rénovation du musée d’art moderne, ils sont toujours choqués par ce projet centré autour du Chat. Sandrine Morgante insiste notamment pour qu’une place plus grande soit accordée à l’ensemble des artistes bruxellois, pour que la culture de la capitale rayonne à l’international comme il se doit. «Vous avez suffisamment d’argent tout seul, arrêtez de puiser dans l’argent public», s’énerve-t-elle à la fin contre le père du Chat, lors de l’émission «C’est pas tous les jours dimanche».

Face à cette opposition insistante, Philippe Geluck dit se «retrouver dans la souffrance» et «estomaqué par cette réaction». Il conclut même en cédant du terrain. «Si on trouve un meilleur usage au bâtiment, je vous le dis publiquement aujourd’hui, je me retire et j’abandonne ce projet avec humilité et avec respect pour tous les autres artistes», concède-t-il. «Ce ne sera pas difficile» de trouver un meilleur usage, réplique Sandrine Morgante. Ambiance…

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