Thomas Vinterberg « Mon boulot c’est de montrer la part d’incontrôlable »

Drunk, tragi-comédie sur l’alcool avec un époustouflant Mads Mikkelsen du réalisateur danois Thomas Vinterberg, a été récompensé de l'Oscar du meilleur film étranger. Rencontre.

Thomas Vinterberg @BelgaImage

Cinéaste de l’expérimentation, Thomas Vinterberg s’associait il y a vingt-cinq ans avec Lars Von Trier pour créer le Dogme et accouchait de Festen, chef d’œuvre hyper-réaliste sur un inceste dans la bourgeoisie danoise. Sept ans après La Chasse sur un professeur accusé de pédophilie, il retrouve Mads Mikkelsen dans le rôle de Martin, un professeur de lycée en perte de désir et de vocation qui se lance comme défi avec trois collègues d’appliquer la théorie de Finn Skarderud, un philosophe danois selon lequel il nous manquerait 0,5 g d’alcool dans le sang pour vivre heureux. Tandis que le taux d’alcoolémie monte sur l’écran, les quatre camarades se libèrent peu à peu de leurs angoisses jusqu’à ce que, bien sûr, elles les rattrapent.

« L’alcool est partout dans nos vies et notamment chez les jeunes en Suède, mais Drunk n’est pas qu’un film sur l’alcool, c’est surtout une célébration de la vie. L’alcool est la métaphore de ce qu’il y a d’incontrôlable dans nos vies tellement policées. C’est peut-être pour cela que les jeunes boivent, pour échapper à la planification de leur avenir. Mais qui peut prévoir de tomber amoureux ? Mon boulot c’est de montrer cela, la part d’incontrôlable. Mais même si l’alcool nous libère, on connaît aussi ses dangers. L’alcool est une porte qui peut aussi nous emporter et en général il vaut mieux s’arrêter au premier stade. Essayons d’être ivres de la vie. » prône Vinterberg en interview pour le Festival de Gand.

Utilisant l’alcool, ses excès et ses figures tutélaires (notamment Winston Churchill grand amateur de whisky) comme principe dramaturgique, Vinterberg filme la crise du désir masculin à la cinquantaine au prisme de l’alcool et de ses reflets, du remède joyeux et convivial à la dévastation du désir enfui, renvoyant à la citation nostalgique de Kierkegaard qui ouvre le film : « Qu’est-ce que la jeunesse ? un rêve. Qu’est-ce que l’amour ? le contour de ce rêve ». Renvoyant aussi à la crise personnelle de Vinterberg qui confie le déchirement d’avoir perdu sa fille de dix-neuf ans au début du tournage, lors d’un accident de voiture entre Liège et Verviers.

Il lui a d’ailleurs rendu hommage lors de la cérémonie des Oscars, « Nous avons fini par faire ce film pour elle, comme un monument« , a expliqué le metteur en scène danois en recevant son prix du meilleur film étranger, en larmes. « C’est un miracle qui vient de se produire. Peut-être que tu tires quelques ficelles quelque part. Tout ça est pour toi. Merci. » Parce qu’il capte aussi la morosité de l’époque, Drunk n’est pas seulement film sur l’alcool (de Leaving Las Vegas à Husbands de Cassavetes) mais un grand film contemporain, jusque dans ce final dansé, où Mads Mikkelsen (qui fut danseur de ballet dans une première vie) déploie une fabuleuse ivresse, aussi grisante que désespérée.

Comédie dramatique
Drunk (***)
Réalisé par Thomas Vinterberg. Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe – 115’

Drnk

 

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