Sharon Stone: “J’ai vécu une vraie vie”

Dans La beauté de vivre deux fois, elle raconte comment elle a survécu dans le Hollywood pré-#MeToo, et bénit le tournant féministe.

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Dans ce livre de mémoires, Sharon Stone revient en frontal sur les métamorphoses de sa personnalité et de sa réputation (passée de “fille de la campagne” à star bouddhiste), celle d’une femme qui s’impose comme “une survivante”, du choc de Basic Instinct à la rupture d’anévrisme dont elle est victime au moment des attentats du 11 septembre et qui la plonge dans une crise existentielle majeure. De cette épreuve, elle a  tiré une philosophie new age (“Nous sommes tous amour”) et combative, profondément antiromantique – “Certes, je n’ai pas vécu un conte de fées. Mais j’ai vécu une vraie vie”, confesse-t-elle.

Élevée en Pennsylvanie dans une famille irlando-américaine désargentée mais cimentée par l’amour de ses parents, Sharon est une enfant précoce qui comprend vite qu’il faut traîner avec les mecs “qui ont droit à ce qu’il y a de mieux”. Après un avortement et l’arrestation traumatisante de son frère Mike (tombé pour trafic de drogue), Sharon part faire le mannequin à New York et décroche un petit rôle dans Stardust Memories de Woody Allen. La description qu’elle donne du système hollywoodien force le respect, car Stone a traversé en toute conscience un sexisme prédateur qui a maintes fois tenté de la détruire.

Sur la fameuse scène des jambes qui fit sa gloire dans Basic Instinct, elle se souvient avoir giflé Verhoeven en se rendant compte qu’il a filmé son sexe sans son consentement – “On ne verra rien, avait-il assuré. J’ai juste besoin que tu enlèves ta culotte car le blanc réfléchit la lumière et on saura que tu en as une, contrairement à ton personnage” – avant de décider de le laisser utiliser l’image. “Beaucoup de gens, écrit-elle, ont donné leur avis sur ce sujet, mais comme il s’agit de mon vagin, laissez-moi vous dire une chose: seul mon avis compte.” La suite de sa carrière accumule les tours de force: nominée aux Oscars pour Casino, puisant dans les traumas d’enfance (les abus sexuels et la violence de son grand-père maternel) la force de répondre d’égal à égal dans un monde d’hommes aujourd’hui laminé par un mouvement #MeToo qu’elle a accueilli les bras ouverts, presque en riant, tellement elle a tout vécu. Bénie soit Sharon.

@D.R.

La beauté de vivre deux fois, Robert Laffont, 281 p.
 

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