Christophe raconte sa vie et sa nuit 

Souvent annoncé, toujours reporté, le livre de souvenirs du "beau bizarre” paraît maintenant,  comme pour marquer le triste anniversaire de sa disparition.

 

Les Mémoires de Christophe publiée pour le premier anniversaire de sa mort. Copyright Belga

Fragmentée, désordonnée et inachevée, cette autobiographie porte un titre – Vivre la nuit, rêver le jour – qui va comme une veste en soie mauve à celui qui la signe. La mode et le goût des beaux habits font d’ailleurs l’objet d’un chapitre – « Dans mes vestes, la couleur de la doublure a autant d’importance que celle de l’extérieur. En ça, je ressemble à mon père, qui accordait toujours la couleur de sa doublure avec celle des fauteuils de sa voiture.” »

Le livre est composé de courts chapitres qui nous promènent dans la petite mythologie construite par Christophe au fil des ans, et surtout au gré de disques qui, par leur modernité et leur penchant à l’expérimentation, se sont toujours distingué dans le paysage de la chanson française. Vivre la nuit, rêver le jour revisite donc l’univers “beau bizarre” du chanteur, multipliant les approches – la famille Bevilacqua, les femmes, les collections, les voitures, la nuit, le cinéma, les amis, Aline, Jean-Michel Jarre – sans jamais vraiment en creuser aucune.  

Le texte se contente de survoler les choses et les époques, déposant ici et là un début de confession – notamment sur sa vie privée. Lorsqu’il évoque le premier enfant né de sa relation avec Michèle Torr, au milieu des années 60 (“Elle a sans doute pensé que cet enfant nous lierait un peu plus. C’est sûrement pour cela qu’elle l’a gardé. Mais ça ne nous a rapprochés, bien au contraire”) ou lorsqu’il décrit – très brièvement – le rapport difficile qu’il entretient avec sa fille, Lucie (“La chose dont je suis le plus fier est d’aimer ma fille alors qu’elle ne m’aime pas.”) 

De son enfance, on apprendra qu’elle était bien partie pour l’amener sur le chemin de la délinquance, spécialisé qu’il était, à 12 ans, dans le vol et le trafic de mobylettes, façon comme une autre de  rendre romantique la connexion entre le bad boy et le dandy. Le reste, on connaît, Christophe ayant déjà tout raconté lors d’interviews accordées à la presse dont il se servait pour entretenir son personnage et son image. Le livre se lit d’une traite, à la vitesse d’un bolide, avec toutefois ce plaisir d’entendre au-dessus de son épaule une voix amicale – celle d’un artiste qui n’a jamais rien fait comme les autres.   

Vivre la nuit, rêver le jour, Denoël, 255 p. 

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