Et si on lisait belge?  

À découvrir pendant les vacances, trois romans et un recueil de nouvelles illustrent la sagacité de la littérature belge francophone.

Charly Delwart @BelgaImage

Demain, premier avril, l’attention sera monopolisée par la parution de Kerosene, deuxième roman d’Adeline Dieudonné, celle qui a mis des paillettes dans la vie de la littérature belge grâce au succès de La vraie vie. Paru en 2018, vendu à 300.000 exemplaires, La vraie vie a attiré les regards sur la production littéraire francophone du royaume où se bousculent des auteurs et des autrices à l’univers ultra-séduisants. Au moment où paraît Kerosene, quatre romans belges marquent le printemps…

Le grand lézard

Le Bruxellois Charly Delwart poursuit l’exploration d’une existence qui serait banale il n’en faisait le matériau de ses livres  – son avant-dernier roman, Databiographie, est une autobiographie présentée sous formes de graphiques. Dans Le grand lézard, il met en scène une sorte de double dont le quotidien est marqué par une série de questionnements, inspirée par un rêve récurrent qui le montre en nain, comme s’il était une miniature de lui-même, un condensé de sa quête du bonheur. Une comédie existentielle sur le temps qui passe (la crise de la quarantaine est au centre du récit) menée sur un ton souriant et moderne.

Rompre les digues

L’histoire d’une rencontre salvatrice orchestrée par Emmanuelle Pirotte, établie à Ohey dans la province de Namur. Déprimé, découragé, Renaud est l’exemple même du patraque existentiel, un état végétatif que son environnement quotidien  – les paysages de la mer du Nord – semble entretenir. Pour s’occuper de sa belle maison de maître, et remplacer sa fidèle gouvernante qui avait fait son temps ici-bas, il engage Teodora, jeune femme salvadorienne qui va le guider là où il pensait ne jamais s’aventurer. Un livre d’aujourd’hui, un récit d’ambiance dans un décor – Bruxelles, Ostende, Douvres – familier d’une certaine mythologie belge.

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Jacky  

Toujours très préoccupée par les questions de société (migration dans Patricia, grossesse adolescente dans Bluebird), Geneviève Damas, qui vit et travaille à Bruxelles, fait paraître un récit touchant qui décrit le point d’ancrage de deux mondes qu’on dit éloignés. Celui d’Ibrahim, élève en décrochage d’origine marocaine, et celui de Jacky dont le parcours est passé par un prestigieux lycée juif des beaux quartiers de Bruxelles. Au-delà de la rencontre symbolique, Damas met des mots – justes et délicats – sur ce qu’on a l’habitude d’appeler ”les différences.”

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Soucoupes volantes

Signature connue et figure importante des lettres francophones, Grégoire Polet publie un premier recueil de nouvelles qui  se penchent sur les destins accidentés de personnages au profil biscornu. L’histoire qui donne son titre au livre se focalise sir l’activité d’une maison qui, dans les montagnes de Serbie, devient le point de chute des fous de soucoupes volantes. On voyagera aussi à Kosice, en Slovaquie, où un brave homme adopte un ours. A Paris, on approchera un trafic on ne peut plus louche proposant un manuscrit signé Napoléon. A Bruxelles, on verra que les violonistes peuvent cacher des fantômes. Entre mélancolie et humour, dix-sept nouvelles qui ne mentent sur la réputation des Belges lorsqu’on dit d’eux qu’ils sont décalés…   

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Le grand lézard, Charly Delwart, Flammarion, 240 p.
Rompre les digues, Emmanuelle Pirotte, Philippe Rey, 269 p.
Jacky, Geneviève Damas, Gallimard, 160 p.  
Soucoupes volantes, Grégoire Polet, Gallimard, 240 p.  

 

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