Après ses 6 concerts, Quentin Dujardin invite les artistes à organiser des spectacles

Le guitariste a pu se produire plusieurs fois devant un public sans être arrêté ou condamné. Il encourage maintenant ses confrères à en faire de même, tant qu’ils respectent les règles sanitaires. Pour lui, la culture est victime de discrimination et cela doit prendre fin.

Quentin Dujardin

Alors que la culture est toujours empêchée de travailler par les mesures sanitaires en vigueur, ce dimanche, trois concerts ont eu lieu. Ils n’étaient ni clandestins, ni cachés. Ils avaient été publiquement annoncés et se sont même déroulés sans aucun problème. Sur scène, le guitariste Quentin Dujardin a joué trois fois 40 minutes pour des publics de 15 personnes, toutes espacées et masquées, le tout dans l’église de Wierde (Namur). Exactement comme pour une messe.

Techniquement, c’est interdit et les artistes, organisateurs et spectateurs s’exposent à une amende. Mais cela n’a pas été le cas. D’ailleurs, le musicien en est à son troisième coup d’essai et à sa deuxième réussite. La semaine précédente, il avait donné trois concerts dans les mêmes conditions au Centre Culturel de Watermael-Boitsfort.

Ce n’est qu’à sa première tentative que la police est intervenue. Début février, Quentin Dujardin avait voulu organiser trois concerts, toujours en respectant les règles fixées au culte, dans l’église de Crupet (Assesse). La police était intervenue pour mettre fin à la représentation après l’avoir laissé interpréter un morceau mais personne n’avait été poursuivi et le dossier avait été classé sans suite.

Avant les concerts de dimanche, le guitariste se disait en légitime confiance puisque tout s’était bien passé à Bruxelles. Maintenant que cela a été le cas aussi à Namur, cette confiance légitime est « doublée ». « Ni le procureur du Roi, ni le bourgmestre ne sont intervenus », explique Quentin Dujardin. « Il apparaît de façon évidente que désormais, ce n’est pas un souci si des artistes se produisent devant 15 personnes en respectant les normes sanitaires, dans des lieux de culte ou des espaces culturels. »

Aujourd’hui, il invite donc les autres acteurs des arts et du spectacle à l’imiter. « Amis artistes, faites comme moi, dans le plus grand respect des règles ! », ajoute-t-il. « Organisez des sessions de plusieurs représentations à la volée ! Cela vous permettra de sortir vos familles de cette précarité mécanisée par le gouvernement. »

Un jugement essentiel

Le combat du musicien est clair : prouver que la culture est discriminée. Si le culte peut avoir lieu sous certaines conditions, il n’y a aucune raison d’empêcher des spectacles avec les mêmes mesures sanitaires. Il en veut particulièrement aux experts qui conseillent le Comité de concertation de ne pas avoir pris position sur le sujet et qu’il tient pour responsables de la détresse du secteur culturel. « Ils n’ont absolument pas levé le petit doigt », commente Quentin Dujardin. « Aucune étude ne prouve qu’un artiste est plus contaminant qu’un prêtre et aucun expert ne s’est exprimé sur le sujet, n’a soulevé cette problématique. Je suis terriblement abasourdi par leur silence. »

Désormais, Quentin Dujardin attend surtout une chose : la décision du tribunal de première instance de Bruxelles. Avec la Ligue des Droits Humains, le guitariste est allé en justice pour faire reconnaître que l’arrêté ministériel qui interdit la tenue d’événements à caractère culturel est discriminatoire. La juge doit statuer en référé sur la question dans quelques jours. Si elle juge qu’il y a effectivement eu discrimination, l’exécution de sa décision sera immédiate. « Dès le lendemain, nous aurons le droit de pénétrer dans les lieux culturels pour nous produire. Nous ne serons plus en légitime confiance, nous serons en état de droit. L’importance de ce jugement peut renverser la machine. »

« Généralisez les concerts ! »

D’ici là, il espère que les autres artistes vont « prendre le relais ». « Nous avons fait un travail en amont pour tout se passe le mieux du monde, pour faire comprendre que nous sommes victimes d’une discrimination évidente et nous y sommes parvenus. Désormais, les autorités n’interviennent plus aux concerts. StillStanding va donc s’occuper de la suite des évènements, communiquer vers les artistes et les institutions et lieux d’accueil de la culture pour leur dire « allez-y, généralisez les concerts devant 15 personnes ». »

Par ses actions, Quentin Dujardin est devenu, en quelques semaines seulement, un des fers de lance de la défense du secteur culturel belge. Une prise de position qu’il explique par sa situation. « Je n’ai plus rien à perdre. Je ne gagne plus que 1.000€ pour nourrir mes deux enfants et ma femme. J’ai perdu mon droit au travail et 100% de mon activité a disparu. Le Gouvernement a oublié beaucoup de gens comme moi sur le chemin. C’est mon devoir de père de famille, d’artiste engagé, de donner une lueur d’espoir à mes collègues mais aussi aux gens qui espèrent pouvoir profiter de la culture et des arts. Je me bats en toute connaissance de mes droits, je sais où je mets les pieds. »

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