Contextualiser plutôt que censurer : le choix de Disney pour les contenus offensants

Alors que d’autres diffuseurs préfèrent faire disparaitre leurs œuvres problématiques, la société de Mickey a choisi de mettre un message avant certains épisodes du Muppets Show véhiculant des stéréotypes racistes plutôt que de ne plus les montrer.

Paul Simon avec les Muppets, dont tous les épisodes sont disponibles. (Crédit: Imago)

La discussion dure depuis longtemps et divise : que faire des œuvres culturelles et artistiques qui véhiculent des idées dépassées, voire nocives ?

Si aujourd’hui, le racisme et le sexisme, pour ne citer qu’eux, sont des concepts clairs et établis, cela n’a pas toujours été le cas. Il a fallu du temps pour que la société intègre que certains stéréotypes ou représentations étaient offensantes ou insultantes parce que, justement, cela faisait des années qu’elles existaient. Dès lors, on retrouve ce genre d’images et de propos dans la littérature, le cinéma et la télévision, notamment dans des œuvres jugées cultes ou historiquement importantes.

Comment les aborder à notre époque ? Chacun a son opinion mais en général, deux camps s’opposent. Ceux pour qui ces livres et films n’ont plus place dans la société d’aujourd’hui et les autres pour qui il faut expliquer et remettre en contexte ces œuvres pour qu’elles continuent d’être découvertes par les générations actuelles et futures.

Tintin au Congo et sa représentation de l’Afrique, Autant en emporte le vent et sa vision de l’esclavage ou encore Ils étaient dix, roman d’Agatha Christie qui a changé de titre pour éviter l’emploi d’un mot désuet et offensant (Les dix petits nègres) : les exemples récents de débats autour de certains livres et films ne manquent pas. 

Une question sur laquelle Disney s’est positionné sans détour : pour l’entreprise de Mickey, il vaut mieux remettre les choses en contexte que censurer. On l’a encore vu ce vendredi. L’intégralité des 5 saisons du Muppet Show, diffusées entre 1976 et 1981 a été publiée sur la plateforme de streaming Disney+. Une quinzaine d’épisodes démarrent par un message. 

« Ce programme comprend des représentations datées et/ou un traitement négatif des personnes ou des cultures. Ces stéréotypes étaient déplacés à l’époque et le sont encore aujourd’hui. Plutôt que de supprimer ce contenu, nous tenons à reconnaître son influence néfaste afin de ne pas répéter les mêmes erreurs, d’engager le dialogue et de bâtir un avenir plus inclusif, tous ensemble », peut-on lire. « Disney s’engage à créer des histoires sur des thèmes inspirants et ambitieux qui reflètent la formidable diversité de la richesse culturelle et humaine à travers le monde. » La société invite ensuite les spectateurs à se rendre sur disney.com/StoriesMatter, où elle explique cette décision.

Disney+

Capture Disney+

La raison pour laquelle l’épisode est ciblé par le message n’est jamais explicitement indiquée mais peut être devinée. Dans l’un, on peut voir un drapeau confédéré, un symbole associé aux mouvements suprémacistes blancs. Dans d’autres, certains personnages arborent des traits associés aux stéréotypes racistes des asiatiques ou des gitans.

Pas de Dumbo pour les enfants

Ce n’est pas la première fois que Disney fait ce choix. La société aux grandes oreilles a déjà placé cet avertissement devant plusieurs autres œuvres de son catalogue, dont une poignée de ses grands classiques, ce qui a étonné une bonne partie du public. On le retrouve désormais avant Peter Pan ou Les Aristochats, dessins animés qui véhiculent aussi des idées dépassées, comme le chat siamois aux yeux bridés et aux grandes dents qui joue du piano avec des baguettes dans le dernier cas.

Chat

Capture thewaltdisneycompany.com

Là où la décision a dérangé certains, c’est que les films visés par l’annonce ont été retirés des profils pour enfants de 7 ans et moins. Impossible pour les plus jeunes de découvrir Dumbo par eux-mêmes par exemple, un choix ridicule aux yeux de ceux qui ne comprennent pas le problème de ces clichés datés.

Pourtant, dans le temps, Disney a plutôt préféré faire oublier ses œuvres aux propos et sujets dépassés. Ce fut notamment le cas du film du 1946 « Mélodie du Sud », qui a provoqué beaucoup de débats autour de sa représentation des Noirs américains et qui aujourd’hui n’est pas visible de manière officielle. Il a été proposé en VHS dans les années 90, mais plus jamais depuis. Pour Bob Iger, CEO de Disney jusqu’il y a peu, il ne sera jamais republié sur Disney+, même avec le message d’introduction, car les messages du film « n’ont rien à faire dans le monde d’aujourd’hui. »

Un choix que d’autres sociétés ont préféré faire aussi, supprimant des plateformes de streaming certains épisodes de série comportant des thèmes ou scènes jugés dérangeants aujourd’hui. NBC a par exemple retiré des plateformes de streaming des épisodes des séries Scrubs, 30 Rock et Community, parce qu’on y voyait des personnes grimées en noir, en blackface. Même si souvent le procédé était moqué et utilisé pour illustrer la maladresse ou le racisme de certains personnages, la chaine a préféré faire disparaitre plutôt qu’expliquer. 
 
 

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