Foo Fighters “Brancher les guitares et repartir”

Né sur les cendres de Nirvana, le groupe américain emmené par Dave Grohl fête son vingt-cinquième anniversaire avec “Medicine At Midnight”, un dixième album pied au plancher en forme de célébration rock and roll. Découvrez notre interview des Foo Fighters.

Foo Fighters - Medicine at Midnight

Même si on a beaucoup parlé de la tenue de Lady Gaga et de la présence de Jennifer Lopez, les guitares électriques étaient aussi présentes lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président américain Joe Biden, le 20 janvier. Aux côtés du Boss Bruce ­Springsteen, les Foo Fighters ont ainsi posé leurs amplis Marshall sur la pelouse de la Maison Blanche pour chanter le rock, l’espoir et l’envie que le monde retrouve des couleurs. Et c’est dans ce même état d’esprit  que le groupe formé par Dave Grohl, ex-batteur  de Nirvana (dont on célèbre en 2021 le 30e anniversaire de la sortie du classique “Nevermind”), a abordé l’enregistrement de son dixième album “Medicine At Midnight”.

Grohl affirme avoir été inspiré, du moins dans son esprit, par “Let’s Dance”. On comprend. Comme le blockbuster de David Bowie réalisé par Nile Rodgers en 1983, “Medicine At Midnight” est un disque court (neuf titres) qui évite tout propos cérébral et se focalise sur l’énergie. Entre hymnes  post-grunge  (Making A Fire, No Son Of Mine), envolées pop (Love Dies Young) et simplicité punk/rock (Shame Shame), les Foo ­Fighters délivrent aussi un superbe message à la jeunesse en manque de perspectives avec Waiting On A War, chanson que Dave a écrite pour sa fille Harper, âgée de onze ans. “Brancher les guitares et repartir. Voilà comment je résumerais l’idée de départ de “Medicine At Midnight””, nous confirme par Zoom Pat Smear, guitariste du groupe et, comme Dave Grohl, ancien membre de ­Nirvana. ”Dave nous répétait souvent: “C’est le dixième album de Foo Fighters, on existe depuis vingt-cinq ans, c’est la merde dans le monde, on ne va surtout pas faire un truc prise de tête”. Pour moi, ce disque est une célébration, un “party album”.”

Il paraît qu’il s’est passé des choses bizarres pendant l’enregistrement du disque. Racontez-nous.
PAT SMEAR – Nous avons toujours aimé bousculer nos repères pour enregistrer nos disques. Cette fois, nous avons loué une vieille maison à Encino, un quartier de la vallée de San Fernando, en Californie, qu’on a aménagée en studio. C’était une demeure terrifiante. Très confortable d’un côté, mais très  flippante de l’autre. Je ne rigole pas, on aurait dit qu’elle était hantée. Il s’est passé des trucs inexplicables. Le soir, on fermait tout à clef et le lendemain, quand on revenait, on constatait que nos instruments avaient bougé de place, que la console de son était déréglée et qu’il y avait des sons étranges enregistrés sur le disque dur. Franchement, ça foutait les jetons. On a été contents quand l’enregistrement a été terminé.

Est-ce la raison pour laquelle il n’y a que neuf chansons sur “Medicine At Midnight”?
Dave a dit ça, mais c’est une boutade. Dès le départ, on voulait un disque de neuf ou dix chansons, un peu comme le format des vinyles qu’on écoutait dans les années 80. En fait on a enregistré quelques titres en plus qu’on utilisera peut-être plus tard.

Foo Fighters a toujours été le projet de Dave Grohl. De quelle marge de liberté disposent  les autres membres du groupe?
Dave est le moteur de Foo Fighters. C’est toujours lui qui vient avec les premiers bouts de chansons. Mais dès que nous sommes en studio ou sur scène, nous fonctionnons comme un  groupe où chaque membre a son espace pour s’exprimer. Les idées viennent de partout même si c’est Dave qui garde le contrôle. Je ne sais pas si on peut appeler ça de la démocratie, mais cette manière de travailler me convient parfaitement et ça nous réussit plutôt bien. Je connais ma place, je m’y sens à l’aise et je sais ce que j’apporte.

Comme guitariste, quels sont les morceaux  les plus fun à jouer sur ce nouveau disque?
Je viens de la scène punk et j’apprécie donc plus particulièrement des morceaux nerveux comme No Son Of Mine ou Holding Poison qui, pour moi, sont les signatures de Foo Fighters. Il y a aussi Shame Shame qui est très minimaliste. Un beat très sec, deux ou trois accords, une voix…  Pour un groupe comme le nôtre, Love Dies Young est un titre très pop, c’est ­presque du Abba! Mais ce sera chouette à jouer sur scène. La plage titulaire Medicine At Midnight, qui évoquera effectivement pour certains le Bowie de la période Let’s Dance, est aussi intéressante.

Vous connaissez Dave depuis que vous avez rejoint Nirvana en 1993. Comment décririez-vous votre relation?
C’est mon ami et notre amitié s’est forgée autour de notre passion commune pour la musique. Dave, il est comme tu le vois dans les clips de Foo Fighters ou sur scène. Il lâche des vannes, est le monsieur Loyal du rock, déborde d’énergie, joue comme si c’était son premier concert ou… le dernier. Après plus de vingt-cinq ans d’existence, les membres de Foo Fighters ­restent toujours des potes. Foo Fighters, c’est devenu une grosse machine, mais les organisateurs de festivals sont toujours étonnés quand on ne leur demande qu’une seule loge. On voyage toujours dans le même van, on bouffe ensemble, on fait la fête ensemble. La seule chose qui a changé, c’est qu’on se voit moins en dehors de la musique. Nous avons une compagne, des gosses, on ne vit plus au même endroit. Et puis, quand on se retrouve, c’est rock and roll. Regarde un truc: sur les photos de promo, on se marre toujours, car il y en a à chaque fois un qui vient de balancer une joke avant de prendre la pose. C’est un signe qui ne trompe pas.

Après avoir formé le groupe punk iconique  The Germs, vous avez joué dans Nirvana et  Foo Fighters. Vous êtes un veinard?
Oui, je crois que je suis le guitariste le plus chanceux. Quand j’ai rejoint Nirvana, je n’ai même pas passé une audition. C’est Courtney Love, l’épouse de Kurt Cobain, qui a parlé de moi au groupe. Kurt m’a donné rendez-vous dans un resto et à la fin du repas, il m’a dit: “Viens, on va répéter dans notre local car tu pars en tournée”. À cette époque, Nirvana était au sommet du monde. Il se trouve qu’ils vénéraient tous mon premier groupe The Germs et ça leur suffisait pour me donner le job! Aujourd’hui je joue toujours avec Dave Grohl et j’ai même enregistré des chansons avec sir Paul McCartney. Pas mal pour un mec qui vient de la scène punk, non?

On vous voit quand en Europe?
Pas avant 2022 à mon avis. C’est dingue, depuis la formation de The Germs au milieu des seventies, 2020 doit être l’année  où j’ai le moins joué en live. Avant notre prestation lors de l’investiture de Joe Biden, on a donné un ou deux concerts avec les Foo Fighters dans une salle vide devant des caméras et nos roadies. Complètement surréaliste

Foo Fighters - Medicine at Midnight

Medicine at Midnight
Sony Music

Plus d'actualité