Les artistes britanniques menacés par le Brexit

Comme en Belgique, la pandémie de Covid-19 a frappé de plein fouet la culture au Royaume-Uni. Mais pour des milliers d'artistes, musiciens et autres techniciens britanniques, le Brexit pourrait bien donner le coup de grâce.

Elton John, l'un des signataires de la lettre ouverte au gouvernement britannique. - BELGA

La colère des pêcheurs écossais, « trahis » par Boris Johnson, s’est largement fait entendre depuis l’accord sur les relations commerciales entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, passé le 24 décembre. Mais un autre secteur a également été zappé par les négociateurs, celui de la culture.

Alors que le Covid-19 les prive de concerts depuis dix mois, l’avenir des artistes britanniques est déjà terni par un autre obstacle. Avec le Brexit, ces derniers ne peuvent plus circuler librement entre le Royaume-Uni et l’Europe. Ils devront désormais obtenir un visa individuel et un permis de travail pour se produire sur le Vieux Continent, ce qui entraînera des coûts supplémentaires.

London calling

Malgré une pétition réclamant un « passeport culturel » signée par plus de 270.000 personnes, le gouvernement britannique a semblé plus prompt à négocier un accord sur la pêche – qui emploie 24.000 personnes et génère 1,4 milliard de livre sterling – qu’à s’intéresser au sort de l’industrie musicale – qui pèse pourtant 5,8 milliards de livres et emploie près de 200.000 personnes. Sans compter le tourisme musical.

« La réalité, c’est que les musiciens, danseurs, acteurs britanniques et leur staff ont été honteusement abandonnés par leur gouvernement », ont dénoncé une centaine d’entre eux dans une lettre ouverte, publiée mercredi dans The Times. « Toute personne effectuant une tournée musicale en Europe devra désormais obtenir des permis de travail coûteux pour les nombreux pays qu’elle visitera et une montagne de paperasse pour son équipement. » Selon les signataires, dont des noms d’envergure tels que Liam Gallagher, Elton John, Sting, Ed Sheeran ou encore les membres du groupe Radiohead, ces coûts supplémentaires rendront « beaucoup de tournées non viables, surtout pour les jeunes musiciens émergents qui peinent déjà à garder la tête hors de l’eau en raison de l’interdiction de la musique live dans le cadre de la pandémie ».

Les camions transportant le matériel devront également appliquer les règles de cabotage et n’auront pas droit à plus de trois arrêts dans l’Union européenne, rendant dès lors les tournées « impossibles », regrettait récemment Ellie Giles, membre du conseil d’administration de Music Managers Forum, un des principaux syndicats de manageurs musicaux, dans Le Monde.

Cherche coupable

Du côté des dirigeants, on se renvoie la balle de ce fiasco. Le gouvernement de Boris Johnson a dans un premier temps affirmé que l’Europe avait refusé leur proposition d’un « accord ambitieux portant sur les déplacements temporaires des voyageurs d’affaires qui aurait couvert les musiciens ». Mais le négociateur européen Michel Barnier nie s’être opposé à cette libre circulation, assurant avoir soumis à Londres « des propositions assez ambitieuses en matière de mobilité ». Ce que confirme le journal britannique The Independent.

Mardi, le ministère britannique de la Culture a finalement reconnu avoir rejeté une offre de l’UE donnant la possibilité aux artistes et à leur staff de tourner sur le continent sans visa. Cette proposition n’était pas compatible « avec notre volonté de reprendre le contrôle de nos frontières », a avancé la secrétaire d’Etat chargée de la Culture Caroline Dinenage. Un tel accord « ouvrirait la brèche à l’entrée [sur le territoire britannique] de n’importe quel citoyen européen ». La conservatrice a toutefois affirmé laisser la porte ouverte à de nouvelles négociations à ce sujet avec les Vingt-Sept, si ces derniers sont prêts à considérer « la très raisonnable proposition » britannique.

Plus d'actualité