A quand le retour des concerts ?

La fête illégale du Nouvel An en Bretagne n'a semble-t-il pas été le foyer de contaminations au Covid. Des concerts-expériences ont eu des résultats similaires en Espagne et en Allemagne. De bon augure pour rouvrir le secteur culturel ?

Belga

Cela avait fait grand bruit en France. Une rave techno illégale du Nouvel an qui avait plus de 2.000 personnes à Lieuron, en Bretagne. La police avait fini par disperser tout ce petit monde inconscient, confisquant du matériel de sono et distribuant fortes amendes et mises en examen. Un jeune homme de 22 ans, considéré comme co-organisateur de la soirée, a même été incarcéré. Il est aujourd’hui sous les verrous pour « mise en danger d’autrui » et « aide à l’usage par autrui de stupéfiants ».

Dans une lettre ouverte, ces organisateurs s’expliquaient : « Nous comprenons que cela puisse être choquant. Nous avons tous et toutes dans nos proches une personne à risque et nous tenons aussi à les protéger. Mais il faut entendre qu’il existe aussi des vies déséquilibrées par cet état de morosité ambiante et d’isolement constant (…) Beaucoup ne supportent pas ce climat anxiogène et des alternatives socioculturelles sont nécessaires. Pourtant quasiment rien n’est fait de ce côté-là. Ni pour soigner ni pour prévenir (…) Nous avons donc répondu à l’appel de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’une existence rythmée uniquement par le travail, la consommation et les écrans, seul·e·s chez eux le soir. Notre geste est politique, nous avons offert gratuitement une soupape de décompression. Se retrouver un instant, ensemble, en vie ».  

Le résultat des courses est cinglant. Deux semaines après cette fête illégale qui a causé bruit et fureur dans les médias et du côté politique en France, l’Agence régionale de Santé de Bretagne a annoncé avoir identifié… Zéro cluster lié à l’événement ! Comment est-ce possible ?

Un chiffre à prendre avec des pincettes

Les organisateurs expliquent que dès leurs premières communications, ils ont insisté sur la prévention anti-Covid : « Des consignes strictes de dépistage et d’isolement ont été données en amont, à l’entrée, pendant et après. Quelques milliers de masques et des dizaines de litres de gel étaient distribués à l’entrée et disponibles en libre-service. Avec l’aide précieuse de l’association Technoplus, les adresses de centres de dépistage ainsi que de nombreuses autres informations liées aux pratiques festives en temps de pandémie ont été communiquées aux participant·e·s ».

Ensuite : « Le choix du site s’est fait en calculant les volumes d’air et l’aération, conditions principales pour réduire au maximum les risques de contamination ». L’Agence Régionale de Santé de Bretagne avait quant à elle invité tous les participants à suivre les consignes sanitaires (isolement, dépistage) post-événement.

En vérité, ce chiffre de zéro est à prendre avec des pincettes. Pour commencer, aucun cluster ne signifie pas aucune contamination. Surtout, l’Agence Régionale de Santé de Bretagne a rapporté à France Culture que seulement… 1% des personnes présentes à la rave avaient été testé ensuite.

Pour autant, des concerts-tests qui ont eu lieu préalablement à Barcelone et à Halle, en Allemagne, laissent entendre qu’assister à un concert ou événement musical sans augmenter le risque de contamination est bel et bien possible.

Deux concerts-tests aux résultats prometteurs

Début décembre, un concert-expérience a eu lieu à Barcelone à l’initiative du festival Primavera Sound. 463 personnes de 18 à 59 ans se sont retrouvées pendant 2h30 dans une salle qui peut accueillir 800 spectateurs. Chacun a dû faire un test rapide avant d’entrer et porter un masque FFP2 qu’ils pouvaient retirer pour boire dans une zone précise. La distanciation sociale n’était pas obligatoire. Une semaine après, les spectateurs ont été de nouveau testés pour un résultat à chaque fois négatif.

Pour les responsables de l’étude, la clé réside dans la ventilation de la salle et sa température. Autre clé importante, éviter les attroupements au bar ou à l’arrivée. C’est là, plutôt que dans la salle, que réside les plus gros risques de contaminations.

Des résultats qui viennent corroborer une étude allemande faite lors d’un triple concert-expérience en août dernier selon différents scénarios. En résumé : bonne ventilation, port du masque et fluidité à l’arrivée du public et au bar sont les clés du succès. Cette étude a aussi permis, en suivant chaque spectateur dans ses mouvements, que tous les participants n’entrent pas nécessairement en contact, chacun restant plutôt dans sa bulle d’amis, ce qui réduit les probabilités de contamination.

Ces exemples montrent qu’organiser un concert au temps du Covid est possible sans risque accru de contagion si des consignes, qui sont loin d’être insurmontables, sont mises en place et bien suivies.

Un été avec ou sans festivals ?

La question de la réouverture du secteur culturel se pose d’autant plus que celui-ci est fermé quasiment depuis un an et est au bord du gouffre. Ni en Allemagne, ni en France, ni en Espagne, ni ailleurs ces études n’ont été prises en compte par les autorités politiques. Or, en Belgique, la moitié des clubs techno de Bruxelles sont au bord de la faillite et les petites structures et festivals, déjà fragiles avant la pandémie, risquent de ne pas se relever. C’est tout un pan de notre société qui est en train de couler.

La réouverture du secteur du spectacle vivant dépend des réponses du politique et des perspectives qui sont données. Pour l’instant, il n’y en a pas. Pour les festivals d’été, surtout, « des décisions doivent être prises maximum pour mars, expliquait récemment Damien Dufrasne, du festival de Dour, au Soir.  Sinon, il sera impossible d’organiser quoi que ce soit. La solution pourrait être de mixer différentes mesures de protection. Le festivalier devrait être soit vacciné, soit apporter la preuve d’un test négatif ou effectuer un test rapide. Mais il faut que le gouvernement accepte cela. Ce serait une catastrophe si on ne peut pas reprendre normalement ».

En Angleterre, le mythique festival Glastonbury (qui rassemble chaque année près de 135.000 personnes) a déjà annoncé que son édition 2021 n’aura pas lieu. Pour les festivals mastodontes, de fait, ça semble compliqué. L’épidémiologiste Yves Coppieters a expliqué au Vif qu’en attendant que « 50 à 60% de la population » soit vaccinée et « si on n’arrive pas à des seuils (de contamination) très bas avant, je ne crois pas aux festivals cet été ». Ambiance… Mais quid des concerts et événements à taille humaine de quelques centaines de personnes ? Les études ont démontré qu’il est possible d’y assister sans accroître le risque de contaminations. Mais c’est au gouvernement à décider.

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