Expo à voir : Roy Lichtenstein, pop hop pop hop

La réouverture des musées permet - enfin - de découvrir la très pétillante exposition du BAM de Mons consacrée à Roy Lichtenstein, star du pop art. En bonus, les autres visites à noter sur votre agenda des fêtes.

Roy Lichtenstein

De Roy Lichtenstein, disparu en 1997 à l’âge de 73 ans, on connaît le style joyeux, les couleurs franches, les cases de BD où s’expriment en peinture et parfois avec une certaine violence le rêve américain et une réflexion sur la société de consommation. Moins connu et surtout moins star qu’Andy Warhol, avec qui il incarne le mouvement du pop art américain, Roy Lichtenstein n’en demeure pas moins un maître qui a réévalué la dimension sociologique d’un art qui se voulait aussi un commentaire de la société dont il est le produit.

Si Warhol (dont on peut toujours voir un ensemble d’œuvres à Liège) s’est longtemps penché sur les objets, Lichtenstein s’est volontiers préoccupé des rapports humains qu’il a mis en scène dans des tableaux empruntant à la grammaire de la bande dessinée. À Mons, si on retrouve ce brillant langage pop, ce n’est pourtant pas via la peinture de Lichtenstein, mais à travers “la forme imprimée” pour laquelle cet immense artiste a toujours eu une fascination, séduit par la reproductibilité mécanique de l’image, la copie multipliée, les gravures, les estampes, les lithos, les sérigraphies…

Une variété surprenante de techniques présentées à travers une centaine d’œuvres, dans un parcours séduisant, où l’on retrouve bien évidemment le style Lichtenstein, ses aplats de couleurs, ses hachures et ses fameux points de trame, et aussi le papier, le métal, l’émail, le plastique et le Rowlux, ce matériau générateur de brillance et de mouvement. Pour évoquer ces Visions multiples de l’artiste, le parcours non chronologique se déploie en huit thèmes, dont pour commencer “Histoire et traditions” où l’artiste mélange, non sans ironie, les Indiens et le Far West. Intéressante aussi, la section “Figure féminine” qui deviendra le seul thème de ses œuvres entre 1994 et 1995 avec sa série de nues. Nous voilà bien loin du Look Mickey, ce célèbre “comics” que, selon la légende, Lichtenstein aurait créé en 1961 pour son fils dont le Mickey Mouse de Disney aurait été le héros préféré.

Étonnantes aussi sur ce parcours atypique, ces fines sculptures en bronze peint ou ces Picasso, Matisse et Calder revisités par un artiste très cultivé qui enseigna un temps l’histoire de l’art. À la fin de sa vie – et du parcours très riche de l’expo -, l’on découvre encore, non sans étonnement, des paysages chinois, inspirés de livres anciens. La nature aurait-elle été retrouvée par cette icône du pop art? Comme le fait remarquer Xavier Roland, le directeur du BAM, “avec le recul, l’histoire de la seconde moitié du XXe siècle nous révèle de nombreux paradoxes que Lichtenstein pointe à la loupe: la surconsommation, la perte de référentiel, l’oubli de la nature. Il donne une image très représentative de la folie des masses urbaines à laquelle lui, autant que nous, nous nous sommes totalement voués”. Avec la bonne “distanciation sociale” que la situation  sanitaire exige, il faut voir cette expo qui vous  catapulte dans un univers hors du commun

Still Life With Picasso – 1973

Roy Lichtenstein

Dès les années 70, Lichtenstein n’hésite pas à se réapproprier les tableaux des maîtres du XXe siècle. Exemple: cette relecture personnelle d’un portrait de Picasso. “J’ai simplement eu l’idée que je pouvais faire un Picasso, disait-il, et le transformer en quelque chose de simple […]. Ça avait l’air d’un faux Picasso, d’un Picasso à la sauce populaire, un Picasso discount, en quelque sorte.”

Crak ! – 1963

Roy Licthenstein

“Now mes petits… Pour la France!” fait référence à la Seconde Guerre mondiale, au cœur de nombreux “action comics”, bandes dessinées d’action et de guerre, piliers de la pop culture. Lichtenstein: “Je me suis dit que c’était là l’idée du pop. Le pop art ressemblait à des images imprimées, et retranscrire en estampes des images imprimées était fascinant”.

Two Nudes – 1994

Roy Lichtenstein

En 30 ans, la perception de la figure féminine par l’artiste a considérablement évolué dans l’œuvre de Lichtenstein. Ici, les deux femmes sont montrées tout en érotisme, magnifiées par l’habile répartition des points de trame (ou Ben-Day dots, du nom de l’inventeur de cette technique), marque de fabrique de l’artiste.

Sweet Dreams, Baby ! – 1965

Roy Lichtenstein

Les rapports entre hommes et femmes, la violence de la société   américaine, les stéréotypes de virilité, les normes sexuelles – toutes ces questions rythment l’œuvre colorée de Lichtenstein. Des thématiques souvent ponctuées par des onomatopées venues de la bande dessinée.

ROY LICHTENSTEIN – VISIONS MULTIPLES, jusqu’au 18/4/21. BAM, rue Neuve 8,    7000 Mons.  Réservations  tickets sur www.visitmons.be ou 065/33.55.80. www.bam.mons.be

•    Sur présentation de votre ticket d’entrée de l’exposition « Warhol. The American Dream Factory » qui se tient à la Boverie à Liège du 02.10.2020 au 28.02.2021, payez 6€ au lieu de 9€ votre entrée pour l’exposition au BAM à Mons « Roy Lichtenstein. Visions multiples » (entrée adulte).
•    Sur présentation de votre ticket Roy Lichtenstein, payez 15€ au lieu de 17€ pour l’expo Andy Warhol (entrée adulte).

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