Le nouvel album de Paul McCartney est un pur chef d’œuvre

Le plus célèbre des bassistes gauchers s’amuse comme un gamin sur “III”, album domestique de pop audacieuse.

Paul McCartney

Cinquante ans après la séparation des Beatles et quarante ans après la disparition de John    Lennon, Paul McCartney continue à s’émerveiller. Un souvenir d’enfance, quelques mots “qui vont très bien ensemble”, un accord à la guitare, un piano, tout est prétexte à le pousser dans sa quête de la chanson ultime. Cette fois, c’est en retravaillant pour un soundtrack une vieille esquisse réalisée avec le producteur George Martin que l’aventure a commencé. “J’ai repris ce thème When Winter Comes qui était dans mes tiroirs, je lui ai rajouté un morceau instrumental bluesy, Long Tailed Winter Bird et je me suis dit que je tenais le début et la fin d’un nouveau disque. Il ne me restait qu’à me mettre au travail pour trouver d’autres chansons.

Aussi simple que ça. Façon de parler, car “III”, entièrement joué et produit par McCartney, est un pur  chef-d’œuvre. Il abrite des titres expérimentaux que ne renieraient pas Jack White ou les Foo Fighters (le hargneux Lavatory Lil, le fiévreux Slidin’), mais aussi des ballades aussi émouvantes qu’intemporelles. Sur Deep Down, voilà un papy qui rêve d’aller en ville pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Et ça sonne juste. Sur Pretty Boys il se met dans la peau d’une photographe (son épouse disparue Linda McCartney ou leur fille Mary McCartney qui signe la photo illustrant cet article) mal à l’aise devant ses modèles masculins. Emmené par un piano façon Hey Jude et un timbre country à la Johnny Cash, il rend hommage aux femmes sur le jubilatoire Women And Wives. Enfin, sur Deep Deep Feeling, plat de résistance dépassant les huit minutes, oncle Paul se la joue sentimental en rappelant qu’il n’y a pas d’âge pour connaître un chagrin amoureux.

Si l’album s’intitule “III”, c’est parce qu’il renvoie dans son modus operandi à “McCartney” (1970) et à “McCartney II” (1980). Sur ces trois enregistrements, tout ce que vous entendez est écrit, composé, joué et produit par McCartney. Mais ne vous attendez pas pour autant à des chansons dépouillées. Il y a des gui- tares et des basses superposées, de la réverbération, des trouvailles techniques, des orchestrations soignées et des batteries qui claquent. Soixante-quatre ans après avoir signé sa première chanson (I Lost My Little Girl) bricolée dans sa chambre d’ado, sir Paul n’est toujours pas rassasié. Brillant.

Paul McCartney III

Paul McCartney
III
Universal

 

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