Lectures pour tous

Si l’Intime Festival - qui commence demain à Namur - sonne la fin de la récréation des vacances, il annonce aussi la rentrée littéraire. Rencontre avec Philippe Jaenada et Anne Pauly, invités de cette huitième édition. 

Philippe Jaenada et Anne Pauly @Belgaimage

Chaque année, l’Intime Festival prend le pouls du monde grâce au meilleur tensiomètre qui soit – la littérature. Le festival met en exergue des textes en résonance avec l’actualité dont le relief, sur scène, est porté par la voix de comédiens et de comédiennes qui se livrent à un exercice plus difficile qu’il n’y paraît – la lecture. Sous le coup de l’épidémie qui a contraint les organisateurs à jouer du curseur et à revoir leur capacité d’accueil, l’événement se tiendra dans deux lieux sacrés de la ville: la cathédrale Saint-Aubain, l’église Saint-Loup. 

Parmi les intervenants de cette huitième édition, Philippe Jaenada, maître de la digression considérée comme un des beaux-arts, expert en faits divers et Prix Femina pour La serpe, hallucinante reconstitution du meurtre des trois locataires d’un château en 1941. Il explique le projet dans lequel il a embarqué pour les beaux yeux de Namur où il viendra lire La petite femelle, roman monstre sur Pauline Dubuisson, condamnée en 1953 pour le meurtre de son ex-compagnon. “C’est une idée de Chloé Colpé (cofondatrice du festival avec Benoît Poelvoorde – NDLR) et Valentine Fournier qui signe les oeuvres projetées durant la lecture. Elle s’est inspirée de mon livre pour créer une quinzaine de tableaux à partir de photomatons des années 50. Sur chaque tableau, on trouve une phrase extraite du livre et moi, je lis sur ces projections, accompagné par une musique d’ambiance répétitive.” Un travail précis (“c’est à la seconde près, je me suis acheté un chronomètre”) qui donnera l’occasion de voir Jaenada, garçon ogre, jouer les funambules sur un happening différent de ceux dont il a l’habitude. “J’aime bien les lectures, dit-il. Au début, j’étais timide, on me proposait souvent des comédiens pour lire mes textes et je me suis aperçu que ça ne m’allait pas parce que les comédiens font souvent beaucoup d’effets. Je me suis dit que je préférais le faire moi-même. J’aime tellement ça que j’ai fait une lecture spectacle avec la chanteuse Emily Loizeau…

Dans le casting de l’Intime, on trouve aussi Anne Pauly, remarquée avec son très beau premier roman Avant que j’oublie (prix du Livre Inter), enquête intimiste sur le versant caché de la vie d’un père disparu, qui sera lu par Catherine Salée, croisée notamment dans les films de Joachim Lafosse et des frères Dardenne. “Je suis très honorée que les gens viennent écouter mon texte, explique l’auteure. Et qu’il soit lu dans une église, ça correspond bien à cette histoire de remémoration et de réhabilition du personnage du père. Mais c’est délicat, la lecture, parce qu’il
faut bien comprendre la tonalité et la rythmique du texte. Dans
Avant que j’oublie, il y a des rebonds entre les moments d’émotion et les moments de ricanement et d’inventaires avec un ton plus humoristique, c’est ça qu’il faudra rendre durant la lecture…” 

Avant que j’oublie, le 28/8, 20 h et le 29/08, 10h, cathédrale Saint-Aubain.
La petite femelle, le 29/8, 14 h, cathédrale Saint-Aubain.

Infos et réservations : www.intime-festival.be

Épinglés

Papa. Le texte de Régis Jauffret sur l’énigme de son père lu par Philippe Jeusette vu, entre autres, dans Ennemi public. Le 29/8, 13h30, église Saint-Loup.

Entre eux. Richard Ford, figure essentielle de la littérature américaine, livre l’histoire de ses parents. Lu par Reda Kateb. Le 29/8, 20h30, cathédrale Saint-Aubain.

Les enfants des autres. Yoann Blanc de La trêve lit ce roman familial dysfonctionnant de Bailly. Le 29/8, 19h30, église Saint-Loup.

Un mal qui répand la terreur. Stewart O’Nan propose un récit sur “un mal” (la diphtérie après la guerre de Sécession) qui fait écho à l’épidémie que nous vivons. Lu par Jean-Benoît Ugeux. Le 30/8, 13 h, cathédrale Saint-Aubain.

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