Trois livres passionnants pour se détendre

Si le secteur de l’édition avance au ralenti, quelques nouveautés – notamment en poche – arrivent à se faire remarquer. En voici trois qui valent le détour. Du roman historique aux mémoires d’un rock critic, en passant par une réflexion sur la violence faite aux femmes qui, après 50 ans, auraient passer l’âge de séduire.

belgaimage-146995513

Rock – Philippe Manœuvre

Le bouquin de Philippe Manœuvre (qui paraît en édition de poche et qui ne pouvait que s’intituler «Rock») n’est pas vraiment une autobiographie, plutôt un livre de souvenirs à travers lequel l’un des plus célèbres journalistes français raconte un métier qui n’existe pratiquement plus – celui de critique rock. Pas très enclin à s’épancher sur sa vie personnelle, il fera le minimum syndical de l’autoportrait en un seul chapitre (le deuxième) consacré à sa famille (le premier est dédié à son amour immodéré pour Iggy Pop!) dans lequel on apprendra que son frère, Laurent, spécialiste du peintre Boudin, travaille sous les dorures du Louvre. Il faudra patienter jusqu’au dernier chapitre pour l’entendre évoquer, au pas de charge, ses relations avec les femmes (notamment avec Virginie Despentes avec qui il sort de 1999 à 2004) et ses addictions (principalement à l’alcool, même s’il n’a pas été avare sur le reste.)

Entre ces deux chapitres, Philippe Manœuvre relate un million d’anecdotes, racontées au plus près d’un métier qui l’a conduit à rencontrer les plus grandes figures de la musique, jusqu’à parfois devenir leur ami et leur confident. C’est le cas avec Serge Gainsbourg avec qui le journaliste se lie à l’époque du premier album reggae en 1979, point de départ de la construction du personnage Gainsbarre. C’est le cas avec Michel Polnareff, qu’il voit en concert quand il est gamin et dont il deviendra le biographe.

En puisant dans sa mémoire – les voyages de promo, les interviews, les émissions de télé, les magazines – Philippe Manœuvre dresse aussi le tableau d’un business qui, des Rolling Stones à Madonna, et des Clash à Michael Jackson, a vu ses pourtours artistiques et ses enjeux financiers se métamorphoser au fil du temps. A la tête de «Métal Hurlant» (le chapitre sur l’éclosion de la bande dessinée comme vecteur de la culture rock est passionnant) et de «Rock & Folk» (qu’il achetait quand il était ado et qu’il a dirigé jusqu’à 2017), Philippe Manœuvre nous replonge dans une histoire épique dont certains chapitres sont définitivement clos. Un livre hyper délassant, parsemés de scène homériques où l’on croise Keith Richard, les Sex Pistols, JoeyStarr, Johnny Hallyday et se termine aux pieds des pyramides.

Harper Collins Poche, 281 p.

La goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

Parution en poche du best-seller de Rosella Postorino, inspiré par l’histoire de Margot Wölk qui a passé une partie de la Deuxième guerre, la peur au ventre, à gouter les repas présentés à Adolf Hitler avant qu’il ne les consomme. Une histoire insolite, incroyable, mais vraie, dont la romancière italienne s’empare pour construire un récit qui éclaire les événements du conflit depuis les coulisses des cuisines du Führer. En 1943, à Gross-Partsch, en Prusse orientale, plusieurs jeunes femmes sont «recrutées» («sommées» serait un terme plus juste) afin de goûter tous les plats destinés à être servis à Hitler, obsédé par l’idée d’être empoisonné

Dans cette tanière qui ressemble à un bunker caché par la forêt, on ne verra jamais Hitler, on ne l’entendra jamais, Postorino braquant toute la lumière de son roman sur cette petite communauté de femmes dont on découvrira les parcours fracturés et les histoires personnelles. Au centre du groupe, Rosa – jeune épouse vivant chez ses beaux-parents car délaissée par un mari qui s’est engagé dans l’armée. Chaque jour, en compagnie de ses condisciples, Rosa teste la gastronomie imaginée par un chef dont les produits et le tour de main contrastent avec la misère des habitants du village qui n’ont quasiment rien pour se nourrir. Chaque coup de fourchette, chaque morceau de viande, chaque cuillerée de potage peut être fatale à celles qui l’avalent, mais sous les ordres de soldats brutaux, personne n’a le choix… Un premier livre qui obéit à une verve romanesque implacable, un sujet historique peu connu et un regard complètement inattendu sur la personnalité paranoïaque d’Hitler.

Le livre de poche, 384 p.

Juvenia – Nathalie Azoulai

Juvenia, une petite république qui se dit démocratique, adopte une loi interdisant l’union d’un homme avec une femme de plus de vingt ans sa cadette. Promulgué le 27 janvier d’une année pas très lointaine de la nôtre, le texte précise aussi qu’il est prévu de «lourdes peines à l’encontre des femmes qui s’uniraient avec des hommes de plus de vingt ans leur cadet.» A Juvenia, un couple asymétrique est désormais un couple hors-la-loi… Pierre, célèbre producteur de cinéma, est donc en infraction puisqu’il a quitté Laure, son épouse de 53 ans pour se refaire une jeunesse avec une sublime actrice de 25 ans.

Sabine, pédiatre, vit la même situation d’abandon que Laure – son mari médecin l’a laissée tomber pour vivre le grand frisson avec une jeune interne. Malgré la nouvelle loi du 27 janvier, Laure et Sabine, sœurs dans la solitude des femmes de plus de 50 ans, vont devoir s’imposer pour ne pas baisser les bras sur un marché de la séduction d’une grande cruauté. Elles y arriveront, multipliant les expériences sexuelles et, contre toute attente, repoussant les limites du possible…

Dans un conte libertin traversé par un humour délicieusement revanchard, Nathalie Azoulay (prix Médicis 2015 pour «Titus n’aimait pas Bérénice») questionne les injonctions faites aux femmes, mises en demeure devant leur propre miroir. Avec un plaisir malin à déconstruire les normes (on s’amuse beaucoup dans ce livre), Azoulay imagine une société radicale qu’on ne se souhaite pas (les contrevenants à la loi sont arrêtés et placés dans des camps.) Elle donne aussi l’occasion de s’interroger sur les nouvelles variations érotiques qui s’offrent à celles dont on dit, qu’une fois passées la cinquantaine, elles auraient moins d’attraits et moins de charmes. Suivez les aventures de Laure et de Sabine et vous le constaterez : ce n’est pas vrai…

Stock, 127 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité