Des livres de poches à lire, tranquilles à la maison

Pour amateurs de thrillers, de biographies, de surf et de mode. Deux livres qui font le boulot…

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Les garçons de l’été – Rebecca Lighieri

Le livre diabolique et vénéneux par excellence. Rebecca Lighieri commence gentiment par nous raconter le malheur qui frappe les Chastaing – une famille où tout était parfait jusqu’à l’accident. Mylène et Jérôme, couple de la bonne bourgeoisie de Biarritz, sont assez fiers d’avoir élevé trois enfants qui, à leurs yeux, sont des chefs-d’œuvres de la génétique, en même temps que des intelligences ambulantes. Ysé, la petite dernière, n’est pas une grande bavarde, mais ses dessins – géniaux – prouvent que son monde intérieur parle pour elle.

Quant aux garçons, Thadée et Zachée – leur beauté blonde est loin au-dessus de la moyenne, leurs études se passent sur du velours et, surtout, leur performances de surfeurs éblouissent même les vagues dont ils ont fait leurs alliées. Un paysage proche du monde de la perfection sur lequel s’abat une tempête: à La Réunion, installé depuis six mois dans une communauté qui voue au surf un culte à la limite du religieux, Thadée est attaqué par un requin. Le beau Thadée, le bel aîné, le bel aimé (sa mère l’idolâtre, sa copine l’adore) y laisse une jambe…

A partir de cette histoire d’amputation, Rebecca Lighieri s’immisce par effraction dans l’intimité d’un clan qui vit caché derrière une façade sociale dont le vernis fait des envieux. A tour de rôle, les membres de la famille prennent la parole, dévoilent leurs vrais sentiments, passent aux aveux (bravo le père qui cache bien son jeu!) , mettant à jour les secrets et les blessures qui vont faire trembler les fondations. Unijambiste, Thadée est devenu un garçon ignoble dont les fantasmes (on ne vous dit pas lesquels) l’éloignent chaque jour un peu plus des siens, nourrissant des croyances complotistes et une haine silencieuse à l’égard de son frère.

Le grand art des Garçons de l’été est la subtilité et la finesse de son auteure qui, aux grands coups de théâtre mécaniques et aux cliffhangers habituels préfère distiller le malaise phrase par phrase, chapitre par chapitre – sans rien bousculer et sans qu’on ne s’en aperçoive vraiment. Pris dans la spirale de ce malheur familial, le lecteur voit le sol se fendre sous ses pieds, va de découverte en découverte, frôlant de très près les troubles qui agitent chaque membre de la tribu, mais aussi les tendances psychopathes du grand blessé autour de qui tout avait si bien commencé. Du thriller comme on en fait peu, c’est-à-dire un thriller qui n’en est pas vraiment un.

Folio, 413 p.

Kaiser Karl – Raphaëlle Bacqué

Grand reporter au Monde, Raphaëlle Bacqué se penche sur la personnalité cadenassée de Karl Lagerfeld, un couturier qui n’aura pas seulement marqué l’évolution de la mode mais aussi l’histoire du goût. Le livre démarre sur la cérémonie, qui n’en pas vraiment une, des funérailles du créateur. Selon ses propres vœux, une cérémonie qui ne ressemble à rien, sans apparat, sans cortège, sans discours, mais avec, ici et là, dans l’assemblée quelques peoples. Anna Wintour, la légendaire directrice du Vogue américaine, la princesse Caroline de Monaco, Inès de la Fressange, Baptiste Giabiconi, proche de Lagerfeld qui vient de faire paraître un livre chez Robert Laffont – Karl et moi – dont la promo a été interrompue par la crise du coronavirus. Une scène d’ouverture peu glamour que Raphaëlle Bacqué décrit sans laisser entrevoir la vie – unique, flamboyante et privilégiée – qui fut celle du cher disparu et qu’elle va s’attacher à nous raconter.

C’est donc le roman d’un homme dont l’enfance à Hambourg fut choyée par une mère à l’élégance exemplaire, aux principes pourtant peu liquoreux et par un père qui fit fortune dans le commerce du lait industriel… Un enfant pas comme les autres dont le talent précoce pour le dessin et l’acuité du regard mèneront à Paris, aux premières loges de l’industrie de la mode, dès les années 50, d’abord dans un duo amical, voire fraternel, avec Yves Saint Laurent, ensuite dans une rivalité sans nom qui opposera les deux créateurs jusqu’à la fin de leur vie.

Raphaëlle Bacqué retrace évidemment l’origine de cette dispute entre Lagerfeld et Saint Laurent – la plus célèbre de l’histoire des salons parisiens, mais ne s’en contente pas, multipliant les rencontres et les témoignages, expliquant l’incroyable contrat qui faisait de Lagerfeld le maître absolu de la maison Chanel dont il a fait exploser la notoriété et le chiffre d’affaires. La journaliste tente – et ce n’est pas toujours facile – d’arracher un peu de lumière à ce personnage qui, contrairement à ce qu’il exhibait, se nourrissait d’ombres et de silences. Kaiser Karl s’aventure donc derrière la silhouette de Karl Lagerfeld qui, pour brouiller les pistes, s’était fabriqué cette caricature dont il aimait lui-même se moquer.

Le livre de poche, 264 p.

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