Être ou ne pas être Mustii

Thomas Mustin (alias Mustii) joue un Hamlet pop au théâtre de Namur dès le 3 mars.

belgaimage-106402274-full

Ce n’est pas de la schizophrénie mais ils sont au moins deux dans le même corps: Thomas Mustin, le comédien et Mustii, son “double” musical. Plus troublant, le personnage de Shakespeare et le jeune homme qui traverse l’album “21st Century Boy” sorti en 2018 ont plus d’un point commun. Thomas Mustin: “Il y a le doute et l’inquiétude. Mon album est basé sur une figure adolescente angoissée qui écrit son journal intime. L’idée était de m’inspirer des figures présentes dans les films de Gus Van Sant ou de Harmony Korine. Face à l’assassinat de son père, Hamlet vit lui aussi une expérience traumatique. Je ne pense pas que Hamlet soit dépressif ou inactif. Au contraire. Le fait qu’il soit dans cette recherche le met en action. Il veut avancer, d’une manière ou d’une autre”.

C’est tout de même troublant que ce rôle arrive quelques mois après la sortie de l’album.
THOMAS MUSTIN – Quand Emmanuel Dekoninck m’a proposé la pièce, il y a eu comme une évidence. On retrouve les mêmes thèmes, les mêmes choix qui se posent: est-ce que je me supprime, est-ce que je rentre dans la violence, est-ce que je vais m’isoler en ermite? C’est exactement le schéma que je voulais installer dans mon album. Dans les deux cas, ça ouvre sur des questionnements existentiels qui sont exacerbés à l’adolescence.

Ça arrive aussi au moment où la jeunesse sort dans les rues pour sauver le climat…
Oui, clairement. Il y a cette idée d’être dans l’action et de faire quelque chose de constructif à partir du doute et de l’inquiétude. Les combats actuels, c’est une manière de créer du sens. Si je vais dans la rue, c’est parce qu’il faut qu’il y ait du changement. J’aime que l’inquiétude soit un moteur.

Êtes-vous comme ça aussi?
Oui, je pense. Je suis un peu un angoissé de nature. Après, Hamlet est plus violent. Et le personnage de mon album aussi. Moi, j’ai moins de violence.

C’est un rôle qui fait peur?
Complètement. Je n’ai plus fait de théâtre depuis 2014 (Roméo et Juliette mis en scène par Yves Beaunesne – NDLR), donc je vais retoucher à ma formation et à mon rêve d’enfant! Au cours des premiers rendez-vous avec Manu, une partie de moi se disait que je ne pouvais pas refuser. Et cinq minutes après, je me disais que c’était trop pour moi. Il y a tellement de lectures possibles de Hamlet que j’ai l’impression d’avoir une montagne devant moi. Mais Manu est très bienveillant.

Comment avez-vous travaillé cette pièce?
Manu la revisite en gardant le coeur et l’ossature du récit. Avant de commencer les répétitions, on a pas mal discuté de nos points du vue sur les personnages. Il préfère partir de ce qu’il a devant lui, c’est à-dire ses comédiens. Et c’est là que réside la modernité: confronter nos propres angoisses au texte de Shakespeare. On a aussi reparlé de Camus et de Bowie. Il y a quelque chose de très “hamletien” dans ce que Bowie incarnait! En plus, on travaille concrètement sa musique dans le spectacle. Il y a quelque chose d’assez pop dans la manière dont Manu conçoit sa mise en scène, un côté multidisciplinaire. Dans le spectacle, tout le monde est acteur et musicien. Il y aura du chant, de la musique, de la danse, un travail sur le corps. Ce que j’ai appris avec les concerts va me servir dans l’espace de jeu. À l’époque de Roméo et Juliette, je me sentais encore assez coincé. Je crois que j’ai gagné en assurance grâce aux concerts. Du coup, revenir avec ce bagage pour faire du théâtre va être plutôt bénéfique. En concert, il y a quelque chose de très direct. Au théâtre, il y a un filtre. Mais comme Hamlet s’exprime beaucoup par des monologues où il dévoile son questionnement en s’adressant directement aux gens, je vais essayer d’utiliser ce regard.

Physiquement, c’est dur d’enchaîner concert et théâtre?
Le plus difficile est de redescendre d’une chose pour pouvoir complètement s’atteler à l’autre. C’est plus mental que physique. Physiquement, je suis jeune, j’essaie d’avoir une bonne hygiène de vie. Un projet comme Hamlet nécessite un investissement de 100 % voire de 150 %! C’est parfois perturbant. Il faut être bien concentré.

Mustii, c’est un aussi personnage? Ou c’est le double de Thomas?
J’ai du mal à me dire que c’est un personnage. Pour moi, Mustii, c’est vraiment comme si on me
regardait à la loupe! Sans ego! Je ne veux pas fabriquer un personnage quand je viens sur scène.
Évidemment, il y a du jeu, une gestuelle, une interprétation, mais c’est comme un espace où
je peux m’assumer pleinement, dix fois plus que dans la vie réelle. ✖

★★★ HAMLET, du 3 au 7/3 au Théâtre de Namur

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité