César 2020: Une fête au goût amer

La 45ème cérémonie de remise des précieux César du cinéma français s’est déroulée sous haute tension!

capture

Sourires crispés, situation compliquée! Trop de tension, sans doute. L’édition 2020 des César restera dans les mémoires comme celle des discours prononcées par des bouches sèches et des artistes mal à l’aise, celle des punchlines gênantes, des mines sombres, des remettants de seconde main.
C’est dommage mais on comprend. Pire: c’était écrit d’avance. Les 11 nominations de J’accuse de Roman Polanski ont plombé la fête bien avant son coup d’envoi, provoquant un effet boule de neige qui a tout emporté sur son passage. Comment imaginer que la «grande famille» du cinéma puisse passer une bonne soirée avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête? D’autant que les deux César les plus polémiques (Meilleure Réalisation et Meilleur Film) sont remis en toute fin de cérémonie. Cela n’a d’ailleurs pas fait un pli: dès l’annonce de la victoire de Polanski dans la catégorie «Meilleure Réalisation», une partie de la salle, Adèle Haenel en tête, a mis les bouts. Logique.

Personne ne sort vainqueur de cette 45ème cérémonie. A part sans doute Les Misérables de Ladj Ly, qui récolte 4 statuettes dont celle du meilleur film et celle du Public. Et c’est bien. A part La Belle Epoque de Nicolas Bedos qui remporte 3 César, dont celui du meilleur scénario et de la meilleure actrice dans un second rôle. Et c’est bien. A part Papicha, bonne surprise, avec deux prix. Et c’est bien aussi. Le reste du palmarès saupoudre ses récompenses sur Roubaix, une lumière, J’ai perdu mon corps ou Alice et le Maire. Et c’est tout aussi bien. Mais on ne comprend pas pourquoi le très beau film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu, ne reçoit qu’une seule récompense (meilleure photo). Décevant!

En tout cas, celui qui ne sort pas vainqueur non plus de cette cérémonie, c’est le spectateur. Parce que la soirée des César, c’est aussi un spectacle. Et ce vendredi soir, il était plutôt raté. Dans les premiers moments, on a cru que Florence Foresti, maîtresse de cérémonie, allait éteindre les colères et les rancœurs qui se sont accumulées ces dernières semaines. Démission de la direction de l’Académie, déclaration d’Adèle Haenel affirmant que «distinguer Polanski était cracher au visage de toutes les victimes», absence de tout le casting de J’accuse, absence d’invité d’honneur. Et bien non. Florence Foresti était aussi sous pression. Elle a fait ce qu’elle a pu mais la mission était impossible. Malgré son talent et son énergie (et dieu sait si on l’aime), le spectacle qu’elle a présenté n’a jamais décollé. Il pesait des tonnes. Seule Emmanuelle Devos a ouvert une parenthèse de légèreté terriblement salutaire. Mais trop courte

Et puis surtout, le spectacle était hanté, comme un vieux manoir plein de poussière et de toiles d’araignée. Hanté par l’absent, celui dont le nom ne fut prononcé que deux fois: lorsque son film a obtenu ses deux César (Meilleur Film et Meilleure Adaptation). Celui dont Darroussin a maladroitement massacré le patronyme, celui que Foresti a appelé «Atchoum» dès le début de la soirée. Il aurait été plus simple (et plus courageux?) qu’il assiste à la soirée. Ses opposants auraient pu le huer ou le conspuer. Cela aurait peut-être mieux valu pour cette soirée où tout le monde marchait sur des œufs en se regardant en chien de faïence. C’est sans doute Mathieu Kassovitz qui a le mieux résumé l’atmosphère en fin de laïus : «Ça va, je n’ai froissé personne?» Prions pour que les vœux de la Présidente Sandrine Kiberlain se réalisent: que ce soit la dernière cérémonie d’un temps révolu. Et que la fête se réinvite l’an prochain.

Le palmarès 2020

César du Meilleur espoir masculin: Alexis Manenti pour Les Misérables

Meilleurs décors : Stéphane Rozenbaum pour La Belle Epoque

Meilleurs costumes : Pascaline Chavanne pour J’accuse

Meilleur espoir féminin : Lyna Khoudri pour Papicha

Meilleur court-métrage d’animation : Gabriel Harel pour La nuit des sacs plastiques

Meilleur long-métrage d’animation : Jérémy Clapin pour J’ai perdu mon corps

Meilleur Premier Film : Mounia Meddour pour Papicha

Meilleur documentaire : Yolande Zauberman pour M

Meilleur court métrage : Laurianne Escaffre et Yvonnick Muller pour Pile Poil

César du Public : Ladj Ly pour Les Misérables

Meilleur son : Nicolas Cantin, Thomas Desjonquères, Raphaël Mouterde et Randy Thom pour Le chant du loup

Meilleure Adaptation : Roman Polanski et Robert Harris pour J’accuse

Meilleur Scénario Original : Nicolas Bedos pour La Belle Epoque

Sur le même sujet
Plus d'actualité