Catastrophes nucléaires : de la réalité à la fiction

Séries télévisées, jeux vidéo, podcasts : le nucléaire inspire souvent — brillamment — la fiction. Petit tour d’horizon de la création atomique en cinq œuvres du 21ème siècle.

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Une colonne de fumée noire, un défilé de camions de pompiers, des visages rougis par les radiations et enfin, la vue du cratère au beau milieu de la centrale, prise d’un hélicoptère qui tangue. Ces images de catastrophe nucléaire qui nous collent à la rétine, aucun journal parlé n’était parvenu à nous les livrer. Non, 33 ans après le drame de Tchernobyl, c’est une série américaine de fiction qui lève le voile sur ce à quoi a dû ressembler le pire accident nucléaire de l’histoire. Et contribue à créer, par la même occasion, un imaginaire plus ou moins réaliste qui n’en finit pas de nous hanter. Chernobyl et la télévision plus généralement ne sont pas les seules à y faire allusion : la menace du nucléaire s’est immiscée au fil du temps et des actualités dans les scénarios de jeux vidéos comme de podcasts. 

Le Nuage 

On le sait désormais, il est fort probable que chacun de nos étés à venir soient caniculaires. C’est le cas le en août 2020, quand un accident se déclare au Douvrey, l’une des plus vieilles centrales nucléaires françaises. Julia Roch-Rivière, sa directrice, est alors sur le pont pour éviter à tout prix la propagation du nuage atomique. Mais dans certaines sphères de pouvoir, on préfèrerait voir l’affaire étouffée plutôt que correctement gérée. C’est le point de départ du Nuage, le tout nouveau podcast de fiction du studio français Nouvelles Écoutes, qui tente de répondre à une question simple et complexe à la fois : « que se passerait-t-il en cas d’accident nucléaire en France ? »

Production d’une envergure comme on en voit encore peu dans le monde des séries sonores, Le Nuage fait appel à un casting d’une vingtaine de comédiens et de plusieurs dizaines de figurants, parmi lesquels l’actrice doublement césarisée Emmanuelle Devos, dans le rôle de la directrice Julia Roch-Rivière. « Pour représenter cette menace invisible et l’opacité qui entoure le nucléaire, l’audio apparaît comme un vecteur idéal. Hautement suggestif, le son permet de stimuler l’imagination, et dans un univers sous tension, qu’on comprend être celui d’une catastrophe nucléaire, l’auditeur peut créer ses propres représentations », développe la réalisatrice de la série Aurore Meyer-Mahieu. Un format ambitieux, qui vient relocaliser la narration du nucléaire au plus près de chez nous.

Doulange

Mais Le Nuage n’est pas le premier podcast francophone à imaginer un accident nucléaire. En 2018, à l’issue d’un appel à projet de la RTBF, la comédienne Caroline Prévinaire incarnait dans nos casques Charlotte, une journaliste mystérieusement disparue en pleine enquête sur le cancer et le décès de sa mère, directrice de la centrale de Doulange — contraction de Doel et Tihange. D’elle, il ne reste qu’une série d’enregistrements inquiétants, qui remontent le temps jusqu’à une catastrophe étouffée. Ce thriller journalistique s’inscrit dans la lignée des fictions « found footage », telles que l’horrifique Blair Witch Project. Le tout a été écrit et joué en conditions réelles en l’espace de quatre mois seulement, faisant de Doulange un petit tour de force sonore bien de chez nous. 

La mémoire des arbres

Production made in Belgium toujours, le Théâtre national proposait en début de saison 2019-2020 La mémoire des arbres, une pièce inquiétante sur la catastrophe nucléaire de Kychtym. Méconnue car située sur un territoire russe longtemps maintenu hors des cartes, elle est le troisième accident le plus important de l’histoire du nucléaire. Après avoir enquêté sur l’épisode, le dramaturge et directeur du National Fabrice Murgia et le compositeur Dominique Pauwels ont porté sur scène le secret de la ville d’Oziorsk, avec la collaboration d’une activiste russe exilée. Le résultat ? Un huis-clos sombre, instructif et interactif.

S.T.A.L.K.E.R.

Il ne sera jamais permis d’entrer dans le sarcophage qui recouvre le cœur du réacteur de Tchernobyl — à moins d’être un coriace joueur de jeux vidéo. Dans S.T.A.L.K.E.R., à la frontière entre jeu de rôle et de tir à la première personne, on incarne un amnésique perdu dans les environs de Pripyat. L’œuvre, saluée par le milieu artistique, est inspirée du film Stalker d’Andreï Tarkovski sorti en 1979, lui-même reprenant les bases du livre Pique-nique au bord du chemin. Si le long-métrage ne fait pas référence à Tchernobyl, puisqu’il a été diffusé avant la catastrophe nucléaire, l’évènement est venu projeter sur cette science-fiction une ombre particulièrement lugubre. Le jeu vidéo, lui, avec son univers funeste, vient mettre des images sur un éventuel futur qu’on oserait à peine imaginer.

Jericho

Avant Chernobyl, la série de HBO saluée de toutes parts, il y a eu Jericho : l’histoire d’une petite ville du Kansas isolée du reste des États-Unis à la suite de l’explosion d’une bombe nucléaire. Dans la plus pure tradition des fictions survivalistes, les habitants de Jericho vont se déchirer comme s’entraider. Si la série ne relate cette fois pas un accident, mais bien une attaque commanditée, elle est l’une des premières à remettre le nucléaire au centre d’une intrigue télévisée. Jericho a été annulée après 29 épisodes seulement, laissant les fans dans l’expectative, avant qu’une série de comics ne vienne prendre la relève et poursuivre le récit entamé sur petit écran.

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