Oscars 2020 : où sont les femmes ?

L’Académie a annoncé sa longue liste de nommés pour l’année écoulée. Et le manque de femmes et de personnes de couleur est (à nouveau) frappant.

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« Félicitations à tous ces hommes », a résumé en une phrase loin d’être passée inaperçue l’actrice Issa Rae lors de l’annonce des nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleure réalisation ». La liste comprend en effet cinq réalisateurs (Bong Joon-ho, Sam Mendes, Todd Phillips, Martin Scorsese et Quentin Tarantino), mais aucune réalisatrice. Cette catégorie est tristement connue pour être bien souvent réservée aux hommes. Seules cinq réalisatrices ont eu le privilège d’y figurer depuis le début des Oscars, en 1929. Lina Wertmüller fut la première en 1976 pour son film Pasqualino Settebelleze. Elle est suivie de Jane Campion en 1993 pour The Piano, Sofia Coppola en 2003 pour Lost in Translation, Kathryn Bigelow en 2009 pour The Hurt Locker (elle repartira d’ailleurs avec l’Oscar) et enfin Greta Gerwig en 2017 pour Lady Bird. Celle-ci est d’ailleurs nommée indirectement cette année dans la catégorie meilleur film pour Little Women, seul long-métrage réalisé par une femme de la liste. On note également la présence du court-métrage Une sœur, réalisé par la Belge Delphine Girard, nommé dans la catégorie des courts-métrages. Ce thriller psychologique porté par Veerle Baetens, Selma Alaoui et Guillaume Duhesme est produit par Versus production, en collaboration avec la RTBF.

Si les membres de l’Académie avaient autrefois l’excuse du peu de femmes réalisatrices dans le milieu, les choses ont changé depuis les années 20. Selon l’étude Annenberg, plus de 10 % des réalisateurs des meilleurs films de l’année dernière étaient des femmes, soit deux fois plus qu’en 2018. Sur les 113 réalisateurs liés aux 100 meilleurs films de l’année, 12 étaient des femmes, contre seulement cinq en 2018. Si ces chiffres ont évolué, ils restent malgré tout très bas et pourraient expliquer le peu de noms féminins listés par les Oscars. Pourraient… Car des films de qualité réalisés par des femmes, il y en a eu cette année. Plusieurs critiques cinéma pointent par exemple A Beautiful Day in the Neighborhood de Marielle Heller, The Farewell de Lulu Wang, Hustlers de Lorene Scafaria et Harriet de Kasi Lemmons. « Mais ces films n’ont obtenu que trois nominations au total », pointe la journaliste Catherine Shoard pour The Guardian.

Continuer à écrire

Seule réalisatrice présente dans la catégorie « meilleur film », Greta Gerwig considère que plus il y aura de films réalisés par des femmes, plus les choses changeront. « Et les choses vont dans la bonne direction. Selon l’étude Annenberg, cette année est meilleure que toutes les autres. Mais pour que tout cela évolue encore, tout ce que nous pouvons faire c’est continuer à écrire, continuer à réaliser, et encore réaliser. Tout est là », a-t-elle confié au New York Times.

Un point de vue que partage notre critique cinéma Juliette Goudot. « L’évolution globale de la représentation des femmes aux Oscars est très lente, mais il faut continuer à espérer », tout en reconnaissant que cette année aurait pu être une marche de plus vers l’égalité. « L’Académie avait ici la possibilité de féminiser la catégorie « meilleur réalisation », notamment avec Greta Gerwig et Lulu Wang, mais elle ne l’a pas fait. C’est le reflet d’un système qui évolue très lentement. Cela fait des années que c’est comme ça. On nous dit qu’on en fait trop avec le féminisme, mais on voit bien ici qu’on n’en fait pas assez ».
 
Pour Melissa Silverstein, créatrice du site Women and Hollywood, la domination des hommes dans le cinéma se lit aussi dans les scénarios des films les plus nommés cette année. « Il suffit de s’attarder sur ces films pour se rendre compte à quel point Hollywood est centré sur les hommes blancs. On a un film de guerre, un film sur la mafia et un film sur un incel. La raison pour laquelle nous continuons à glorifier ces histoires encore et encore est le cœur du problème. »

31%

Il faut dire que parmi les éminents membres de l’Académie, soit les personnes qui votent pour les nommés, la parité n’est pas non plus atteinte (31% de femmes). Mais là aussi les choses changent : en 2018, 49% des 928 nouveaux membres invités à la rejoindre étaient des femmes, et 38% étaient issus de la diversité.

À ce niveau, la liste des nommés aux Oscars 2020 manque sérieusement de couleurs. « Cynthia Erivo est nommée en tant que meilleure actrice pour Harriet, mais l’Académie a négligé plusieurs autres artistes de couleur, comme Lupita Nyong’o pour Us, Awkwafina et Zhao Shuzhen pour The Farewell, Eddie Murphy pour Dolemite Is My Name, et Jennifer Lopez pour Hustlers« , relève The Atlantic.

« Quand on a lancé le hashtag #OscarsSoWhite on nous a rétorqué : ‘Il n’y avait tout simplement pas assez de performances à nommer’. Ce n’est pas le cas cette année, a déclaré April Reign, l’activiste qui a créé le mouvelent en 2015. Il y avait une richesse de talents – et pas seulement des artistes noirs, mais aussi de diverses communautés marginalisées – qui a été négligée. Et c’est vraiment malheureux ».

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