6 auteurs modernes de SF à (re)lire avant la fin du monde

Ces trois femmes et hommes de la littérature de science-fiction ont réinventé nos sociétés, à l’heure où il était encore temps de le faire. Ils nous permettent d’entrevoir autrement le monde que l’on habite aujourd’hui — et celui que nous prépare demain.

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Alain Damasio et le sens de la révolte

Il s’écoule près de quinze ans entre chacun de ses romans, et pour cause : Alain Damasio n’a pas que ça à faire. Auteur de dystopies politiques les mains profondément plongée dans le cambouis du présent, il distribue articles, nouvelles et conférences sur sa thématique de prédilection : la société de surveillance et de contrôle. Une production qui nourrit ensuite à son tour son écriture empreinte de musicalité. Ce Français est aujourd’hui l’auteur de trois romans publiés par la maison d’édition indépendante La Volte : « La Zone du Dehors », qui suit les réflexions et actions d’une micro-société terroriste de gauche, « La Horde du Contrevent » et le dernier en date sorti en 2019, « Les Furtifs ». 

William Gibson : demain, c’est maintenant

« Le futur est déjà là. Il n’est juste pas distribué de manière très équilibrée », lâchait récemment au New Yorker l’auteur américain de science-fiction William Gibson. La phrase est une définition plutôt sensible de son travail littéraire, qui se veut un miroir à peine déformé de la réalité que nous expérimentons. Dans son dernier succès, « The Peripherical » (qui sera traduit en 2020 sous le titre « Périphérique » et est actuellement adapté en série télévisée par Amazon), Gibson dépeint une fin du monde au quotidien, où les catastrophes climatiques prédites sont finalement devenues réalité. À propos du « Jackpot », l’ère apocalyptique relatée dans le livre, un personnage la décrit ainsi comme « soit déprimante et foutant la frousse, soit telle que les choses ont toujours été ». Tout un programme

Octavia Butler, celle qui embrassait la diversité

Décédée en 2006, l’autrice Octavia Butler laisse derrière elle une bibliographie foisonnante qui a beaucoup apporté à l’afro-futurisme, un mouvement de pensée qui replace la culture et l’expérience noire à la pointe de l’innovation sociale et technologique. Elle y critique notamment les discriminations à travers des histoires de métissage, voire d’hybridité entre espèces. Ses personnages principaux sont également souvent des femmes résiliantes et empathiques, qui possèdent de grands pouvoirs. Une inspiration pour les communautés noires, bien sûr, mais plus généralement pour tous ceux qui aiment à imaginer un monde où règnerait plus d’égalité.

Margaret Atwood ou le futur fait femme

Depuis l’adaptation de sa « Servante écarlate » en série télé en 2017, l’autrice canadienne Margaret Atwood connait un regain de notoriété. Et pour cause : cette histoire de femmes réduites à l’état d’esclaves procréatrices bénéficie d’un éclairage tout particulier à l’ère Trump et #MeToo. Mais d’autres ouvrages de Margaret Atwood valent la peine d’être lus, comme sa trilogie « Le dernier homme », qui relate un monde où tous les humains auraient disparus — ou presque —, et ne subsisteraient que des créatures nées d’hybridations.

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Philip K. Dick : être plus humain que l’humain

La perspective d’une société où cohabiteraient robots et humains séduit autant qu’elle effraie. Souvent, c’est la crainte que les premiers, sans émotions ni sentiments, ne soumettent les seconds qui nous fait l’appréhender. Dans son fameux « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (adapté ensuite à l’écran dans « Blade Runner »), Philip K. Dick imagine une ville futuriste où les machines seraient parfois plus humaines que les humains eux-mêmes. L’autre grande interrogation de son œuvre, qu’est-ce que le réel, est presque métaphysique. Elle s’exprime ainsi à la perfection dans des mondes où le temps et la matérialité ont cours selon leurs propres règles, comme dans « Ubik », petite merveille SF surréaliste. À l’inverse, Philip K. Dick aime aussi jouer avec les faits, à l’image de son « Maître du Haut Château », une uchronie qui imagine un monde où l’Allemagne nazie et le Japon auraient gagné la guerre. Si vous n’êtes finalement pas très « lecture », la plupart de ses romans ont été adaptés avec brio au cinéma : « Total Recall », « Minority Report » ou « Planète hurlante » sont des succès cinématographiques autant que littéraires.

Ursula Le Guin : cultiver l’utopie

Ursula Le Guin aurait pu être exploratrice. À la place, elle a choisi la science-fiction, la Fantasy et la littérature jeunesse et décidé de visiter ses propres sociétés extraterrestres. Fille d’anthropologues, elle-même ethnologue de formation, l’autrice est du côté clair de la force : sa littérature expérimente l’utopie, plutôt que l’écroulement sociétal. Ses longs cycles, comme celui de « Terremer » ou de l’« Ekumen » donnent envie de croire que tout n’est pas perdu — et qu’un autre monde est possible.

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