Trois bonnes raisons d’aimer le film « Lola vers la mer »

Ce voyage initiatique père-fille signé Laurent Micheli marque un tournant dans la représentation des personnes transgenres.

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L’année dernière, le film Girl de Lukas Dhont mettait en lumière une héroïne “en transition” vers sa féminité. Beaucoup de personnes trans ne s’étaient pas reconnues dans ce portrait certes virtuose mais aussi brutal de la transidentité. Laurent Micheli s’y attelle de manière plus naturelle avec Lola vers la mer, film en forme de road-movie où une jeune fille trans (Mya Bollaers) doit se rapprocher de son père qui la rejette à la mort de sa mère. Le premier long métrage de Micheli (Even Lovers Get The Blues) traitait de la difficulté d’avoir une sexualité authentique, celui-ci s’attaque aux diktats de genre, en mettant face à face une actrice trans (c’est une première en Belgique) dans un premier rôle féminin face à un bloc de virilité qui s’écroule (Benoît Magimel), pour peut-être mieux se retrouver. Si les influences sont multiples (les ralentis à la Dolan, le format 4:3), le film impose une foi dans le cinéma et une grâce à la fois fragile et affirmée, à l’image de son actrice.

Lola est une héroïne universelle

“J’ai voulu sortir les personnes transgenres de la victimisation. Lorsque le film commence, Lola a plein de soucis, sa mère vient de mourir, elle a besoin d’argent, mais elle sait qui elle est, elle a des amis, elle a appris à s’aimer et va devoir affronter sa relation avec son père qui, lui, va très mal! C’est une héroïne universelle. Homo ou trans, on a passé notre adolescence à nous identifier à des films hétéros sans que ça pose problème, je ne vois pas pourquoi on n’arriverait pas à s’identifier à Lola”, tonne Micheli.

Le film est un geste politique fort

“Avec ce film j’ai voulu mettre la société face à ses responsabilités. Si elles sont bien accompagnées, les personnes trans vont bien. C’est important de le dire. J’ai filmé Lola sans voyeurisme ni fausse pudeur pour ne pas invisibiliser non plus son corps”, poursuit Micheli qui estime qu’il y a encore beaucoup à faire pour la représentation des personnes trans et cite comme références Une femme formidable ou les séries Euphoria (HBO) et Pose (sur la culture du voguing).

Benoît Magimel y est bouleversant

“Pour croire à ce face-à-face entre une actrice trans débutante et un acteur qui a 80 films derrière lui (La douleur, Nous finirons ensemble) dans des rôles antagonistes, il m’a fallu avoir la foi”, dit Micheli. Le résultat est là, dans quelques scènes où un Magimel bouleversant de charisme instaure une égalité de regard et une possibilité de réconciliation inattendue, vers la mer du Nord.

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