Les Innocents : « Nous sommes conscients d’avoir laissé une chouette trace »

Dix ans d’ascension, quinze ans de séparation et puis cinq de réconciliation. Les Innos ne font rien comme les autres, ni leur carrière, ni leurs chansons. Autant de raisons pour aller les voir ce 11 décembre à La Madeleine.

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La première tournée avait un air de carte postale. Tout allait bien. Ils étaient à nouveau ensemble, sur la route. “Mandarine” en est né: succès critique, Victoire de la musique, jolies ventes. Évidemment, ses 30.000 exemplaires écoulés n’avaient rien de comparable aux 700.000 de “Fous à lier”, mais les temps avaient changé. Pas Les Innos. C’est prouvé, écrit, joué, chanté dans “6 ½”. Sous une pochette presque enfantine, le disque, paru en avril dernier, est délicat et maîtrisé. À deux, ils se partagent tous les instruments, mais surtout tricotent des mélodies qui montent à la tête comme des cocktails savants. Il y est question du plaisir d’être en vie, des moments extraordinaires de couples ordinaires (Apache, Mon homme, Les cascades, Au bord de l’Etna), de retourner vers les vivants après la solitude, le manque, la difficulté d’être (Opale, Quand la nuit tombe, De quoi suis-je mort). Et puis (Slow n°1, Aime-moi), on y parle de consolations, corps, voix et musiques mêlés, en un résumé nuancé des Innocents.

En 1999, vous faisiez la promotion de l’album “Les Innocents” en expliquant avoir travaillé chacun dans votre coin. On devinait votre prochaine séparation.

JEAN-PHILIPPE  NATAF – Jusqu’à “Post-partum”, Les Innos, c’était un truc d’ados. Puis on était devenu parents. On avait des vies en dehors du groupe. Peut-être qu’à un moment, on n’aimait pas la manière dont on se voyait avancer. On avait gagné de l’argent, on était dans une vision plus bourgeoise. Des choix étaient possibles, lui à la campagne, moi dans un loft à Paris. Dans tous les groupes avec deux têtes créatrices, il y a des tensions. Mais c’est résolu.

Sur quelles bases vous êtes-vous relancés?

JEAN-CHRISTOPHE URBAIN – On a le même ego, mais on se prend moins au sérieux. On était plus tendus alors parce qu’on avait encore à déterminer un bout de vie très important devant nous. Aujourd’hui, on vit plus dans le moment.

Jipé – À l’époque, la colonie de vacances avec des musiciens plus ou moins motivés selon les saisons ne nous faisait pas du bien. On n’avait pas assez de caractère pour prendre le leadership et imposer nos choix. Maintenant, le groupe c’est l’autre, rien que l’autre. Dans cette formule, il n’y a pas de conflit possible. On attaque de front toutes les questions. Pour ce nouvel album aussi, Jean-Cri a amené ses titres, moi les miens. Mais on n’hésite plus à se parler très directement de nos chansons, quand elles ennuient, quand on les chante mal… Mes angoisses de cinglé du contrôle total qui ont pu le faire fuir, c’était surtout un manque de confiance. Je l’ai soigné avec mes deux disques solo. Si on s’est retrouvés, c’est qu’il y a entre nous quelque chose qui vaut le coup et que les gens apprécient.

Dans l’équilibre des Innocents, l’un tirait vers l’expérimental, l’autre vers la simplicité?

Jean-Cri – C’était chacun son tour. Quand l’un est down, l’autre le tire vers le haut. Puis ça s’inverse. On est tout-terrain tous les deux .

Jipé – Pour caricaturer, si je viens avec du Radiohead, il ramène du Joe Dassin. Notre étalon c’est évidemment les Beatles qui ont fait Helter Skelter, mais aussi Across The Universe.

L’autre Finistère, Colore, Un homme extraordinaire…, ce n’étaient pas des succès faciles à imposer, mais maintenant, il faut écrire des chansons qui puissent leur succéder.

Jean-Cri – Nous sommes constamment en compétition avec nous-mêmes. Mais ce passé est aussi un confort. On peut trouver un producteur, faire des disques, donner des concerts dans de bonnes conditions. On est encore là grâce à ces chansons. Elles sont indéboulonnables, mais on n’a pas dit notre dernier mot.

Vous avez séduit sans aller à la facilité. Vous êtes fiers de cette réussite atypique?

Jipé – Pas fiers, mais conscients d’avoir laissé une chouette trace. Je sais que partout, je vais croiser des gens qui viendront spontanément et gentiment vers moi parce qu’on représente quelque chose dans leur vie.

Jean-Cri – Depuis “Mandarine”, sans fausse modestie, j’ai compris qu’on représente en France quelque chose d’un peu à part, de plus musical, une musique un peu sérieuse. Ça fait vachement plaisir.

Sur la plateforme de streaming Spotify, 247.886 personnes vous écoutent chaque mois.

Jipé – Ah bon? Et avec tout ça on se paie deux kebabs (rire).

Le 11/12, La Madeleine, Bruxelles.

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