Maxime Le Forestier « J’ai plusieurs raisons d’être heureux »

Grand frère de plusieurs générations, le chanteur “à la guitare” célèbre ses cinquante ans de carrière avec l’album “Paraître ou ne pas être” et trois concerts en Belgique.

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Six ans après “Le cadeau”, Maxime Le Forestier revient dans les radars avec une tournée et “Paraître ou ne pas être”, nouveau chef-d’œuvre artisanal de dix chansons pour trente minutes de plaisir. Comme il nous y a habitués, l’écriture est soignée. Deux guitares sèches qui se livrent des duels ludiques, une contrebasse caressée, des percussions feutrées… Les arrangements sont boisés et épurés. Pas une note de trop, pas le moindre éclat orgueilleux. L’élégance même. Côté textes, on retrouve des thématiques chères à l’auteur d’Éducation sentimentale. L’écologie (Ça déborde), les relations humaines (Les filles amoureuses), le temps qui passe (Date limite), la gauche (La vieille dame), les connards… Bref, la vie racontée sans la moindre redite et sans volonté de jouer au donneur de leçons.

Avez-vous le sentiment qu’à chaque album que vous enregistrez, la barre est plus haut?
Chaque album est toujours plus difficile à écrire que le précédent. L’expérience me rend plus exigeant. Même si les thématiques restent les mêmes, je ne veux pas me répéter dans l’emploi des mots. Charles Aznavour a dit un jour:  « Il arrive un moment dans la vie où ton passé est plus grand que toi, il faut arriver à oublier ça. » C’est ce que j’essaie de faire.

Il y a des mots que vous refusez de mettre dans vos chansons?
Je refuse les mots abstraits comme “désespoir” ou “mélancolie”. Je préfère utiliser des images pour exprimer ces sentiments. J’évite de parler de moi car ce n’est pas mon truc. J’évite aussi les noms propres car c’est vite daté, même si je n’ai pas l’ambition de faire des chansons qui durent.

Dans les écoles francophones, les enfants apprennent encore vos chansons Mon frère ou Éducation sentimentale. Ça vous touche?
Figurez-vous que j’avais posé la même question à Georges Brassens. Il m’avait répondu: “ Merde, il y a sans doute des tas de mômes qui vont se faire punir à cause de moi parce qu’ils ne veulent pas apprendre par cœur le texte de L’Auvergnat”. Moi, ça me fait plaisir qu’on récite encore certaines de mes chansons à l’école, même si je regrette qu’on ne leur apprenne pas plutôt Verlaine ou Rimbaud. Si mes textes peuvent les amener à en lire d’autres, je me dis que ce n’est pas vain. Quelque part, c’est une responsabilité d’écrire des chansons.

Dès Parachutiste qui figurait sur votre premier album en 1972, on vous a  catalogué “chanteur engagé”. Ça vous convient?
Je ne revendique pas cette étiquette. J’aime bien que mes chansons aient du sens. Si c’est ça être “engagé”, alors j’assume. Par contre, je ne fais pas des chansons militantes. Je ne souhaite pas changer le mode de pensée des gens qui m’écoutent. Parachutiste n’était pas une chanson antimilitariste comme les journalistes l’ont dit à l’époque. Je me suis engagé au 13e dragons parachutistes fin des années 60 et j’ai été viré après deux mois. Le soir où j’ai fait mon balluchon, j’ai payé une bière à mon sous-officier. Il m’a raconté sa vie et c’est devenu Parachutiste.

À qui pensiez-vous en écrivant Le grand connard qui figure sur votre nouvel album?
J’avais un grand connard en tête en commençant la chanson et puis je me suis dit que c’était trop facile et je me suis inspiré de plusieurs personnalités. On peut penser à Trump, bien sûr, mais il y en a d’autres.

Il y a aussi cette chanson environnementale, Ça déborde. Vous exploriez déjà cette thématique en 1972 dans Comme un arbre. Rien n’a changé, le combat continue?
Non, il y a une évolution et je veux avoir un discours optimiste pour l’avenir de la planète. Quand je chantais à mes débuts Comme un arbre, on me traitait d’utopiste et de pacifiste bêlant. Aujourd’hui, on prend l’environnement au sérieux. C’est inscrit dans tous les programmes politiques. Les décisions qui sont prises ne vont sans doute pas assez loin, mais c’est devenu un enjeu important qui fait réagir. En 1972, personne n’en parlait.

Votre premier 45 tours La petite fugue est sorti il y a tout juste cinquante ans. À quoi rêviez-vous alors?
À rien. J’étais à l’armée. Après avoir tenu deux mois chez les paras, j’avais été muté dans un ministère à Paris. J’avais les cheveux courts, je ne ressemblais pas aux autres jeunes qui traînaient dans les cafés de la rive gauche. Je n’avais pas de plan de carrière. J’écrivais des chansons que je fourguais à Serge Reggiani ou Serge Lama. C’était très important que mes chansons trouvent un interprète, mais je n’avais pas encore pensé à les interpréter moi-même.

En 1971, vous gagnez avec votre sœur Catherine le concours de la chanson à Spa et votre vie bascule. Racontez-nous.
Je suis le guitariste de ma sœur pour le duo Cat & Maxim. À Spa, on gagne deux prix: une place à l’affiche du festival qui se déroule l’année suivante et une somme d’argent assez importante qui nous permet de partir à San Francisco. Quand je rentre des États-Unis, j’ai les chansons San Francisco, Éducation sentimentale, Mon frère. Ma sœur se rend compte qu’elle n’est pas faite pour ce métier et je me retrouve seul à la guitare pour honorer l’invitation de Spa. C’est le premier concert sous mon nom Maxime Le Forestier.

Quels souvenirs gardez-vous de cette “maison bleue accrochée à la colline” dont vous faites écho dans votre tube San Francisco?
Un ami belge m’avait dit: “Va à San Francisco, c’est là que ça se passe”. C’est mon premier voyage en Amérique. Je vis en communauté, il y a plein de vie, plein de hippies, tout le monde est défoncé. C’est la liberté, on sent que tout est possible. Un soir, je vois dans un petit théâtre Allen Ginsberg, le poète fondateur de la Beat Generation. ll porte une perruque verte, est habillé en femme et récite des poèmes en jouant du violoncelle. Pour un mec qui débarque de Paris, c’est un choc.

Interviewé par Claire Chazal, vous avez déclaré être très fier d’avoir connu cette génération. Pourquoi?
C’est une génération très heureuse, pleine de couleurs et de rêves. C’est la première génération qui n’a pas connu la guerre et a vécu ses premières amours entre la pilule et le sida. C’est une parenthèse enchantée de l’histoire de l’humanité.

Vous étiez un enfant “à problèmes” comme on dit pudiquement. Vous êtes devenu plus sage aujourd’hui?
Sage, je ne sais pas, mais je suis plus serein. La vie et la chance que j’ai eue m’ont rendu plus calme. J’ai souvent le sentiment de ne pas avoir mérité tout ça, alors je ne la ramène pas.

À septante ans, vous êtes un homme heureux?
Le bonheur est un truc fugace. Mais j’ai plusieurs raisons d’être heureux. Je suis en bonne santé. Je sais que je pars au moins deux ans en tournée. Alors que je l’ai terminé voici six mois, mon nouvel album me plaît toujours et il est très bien accueilli. Alors, oui, ça va.

La mort vous fait peur?
La mienne est inévitable, c’est celle des autres qui est injuste.

Le 11/12, Cirque Royal, Bruxelles.
Le 12/12, Palais des Beaux-Arts, Charleroi.
Le 13/12, Forum, Liège.

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