On a écouté le nouveau Renaud

La voix abîmée par les excès mais la plume toujours bien aiguisée, le chanteur replonge en enfance dans "Les Mômes et les enfants d’abord".

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« J’aime pas l’alcool, ça rend zinzin. J’aime pas l’école, ça rend malin”. Puisée dans son nouvel album « Les mômes et les enfants d’abord » qui sort ce vendredi 29 novembre, cette phrase résume parfaitement le Renaud d’aujourd’hui. Toujours debout. Toujours vivant. Toujours brigand. À soixante-sept ans, le chanteur revient une fois de plus de très loin et il ne cache rien. Dans les douze nouvelles chansons illustrées par son pote Zeb (comme la pochette et le clip Les Animals), Renaud panse ses bobos, revient sur ses années Ricard et évoque l’enfance avec sa mauvaise foi légendaire, sa poésie, son sens de l’autodérision et, le plus important, toute sa tendresse.

Indulgence

Renaud s’est chargé de tous les textes à l’exception du poussif Le petit crabe et la langoustine écrite par Jacques Mahieu. Pour les musiques, deux sont signées par son ex-femme Romane Serda (Mes copains, Parc Montsouris) et une par son ex-beau-fils Renan Luce (‘Y a un monstre sous mon lit). La réalisation est au top, mais rien n’y fait. Le constat est sévère, mais il ne faut pas l’éluder: Renaud n’est plus capable de chanter. Il n’est pas encore résigné au point de “réciter” ses textes. Au mieux, il les fredonne et semble perdu dès que le rythme s’emballe. Est-ce grave, docteur? Non, les amoureux de Renaud ont toujours été indulgents avec sa voix. Après tout, ces mêmes remarques étaient déjà de mise sur son album précédent (“Renaud” en 2016) qui s’est pourtant écoulé à plus de 800.000 exemplaires. Alors, là où certains souligneront les mauvaises notes, d’autres sortiront l’alibi de la fragilité. « Mon directeur artistique Bertrand Lambot et mon pote compositeur Thierry Geoffroy se sont mîs à deux pour me convaincre de chanter et de rechanter jusqu’à ce que j’arrive à un niveau de voix tolérable sans machines« , confirme Renaud dans un interview publiée dans Le Figaro du 28 novembre. « Moi, je n’avais pas envie de chanter. Je n’aime pas ça. Chanter, m’est de plus en plus dur. »

Tendresse et gros mots

Cette fragilité est palpable dans les moments les plus calmes du disque. Sans égaler Morgane de toi, L.O.L.I.T.A. est une ballade d’amour particulièrement touchante écrite pour sa fille aînée. Explorant la même veine que Pierrot, la chanson Mes copains est un hymne à l’amitié, à l’innocence et à l’insouciance. “Mes copains ont de drôles de noms, mais mon préféré c’est Renaud”, dit le narrateur avant d’ajouter  “’Y a pas à chier, c’est le plus beau”. Outre “chier”, on entend aussi les mots “caca”, “putain” et “con” dans le disque. Renaud l’avait promis. “Cet enregistrement va en faire râler plus d’un parce qu’il y a plein de gros mots. Les enfants adorent les gros mots. Mais c’est plus un disque sur l’enfance qu’un album pour enfants”, avait-il annoncé au Parisien en juillet dernier.

Tout ça à cause du pastis

Rappelant son style grivois et sa volonté de rester politiquement incorrect, il se lâche particulièrement sur Pin-pon, histoire d’un pompier qui rencontre “une femme qui a le feu au fion et lui fait briquer son bout doré et si long”. Bref, ce n’est pas tout à fait Dora l’exploratrice ou Ducobu. Pour la plupart d’entre elles, les chansons renvoient aux souvenirs de ses années de lycée et aux bêtises de l’école buissonnière que l’apprenti loubard affectionnait particulièrement. Entre accordéon de bal musette, rock de France profonde et accords en arpège, Renaud remonte sur sa trottinette, évoque ses chapardages de Carambar à l’épicerie du coin, ses heures de colle, les filles qui sautent à l’élastique, tout en rappelant aussi ce qu’il a toujours détesté. En vrac, “les machos musclés, les fachos, les corridas, tous ces mecs un peu marioles et ce putain de cancer qu’a emporté beaucoup de mes copains”.

Renaud ne se prive pas non plus de se donner la leçon et, parfois même, la fessée. Dans On va pas s’laisser pourrir, il passe à confesse. “J’connais un pote chanteur qui a paumé dix ans de sa vie. Dix ans d’errance, de malheur, de dépression, d’hypocondrie. Tout ça à cause du pastis, tout ça à cause d’une vie trop triste, d’une vie sans soleil”. 

En conclusion

Alors oui, les thèmes explorés ici ne sont pas nouveaux, le chant est en dessous du seuil de tolérance et l’humour, parfois digne d’une blague de Toto. Mais on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’affection pour ce Renaud qui s’est remis à l’eau. Au propre comme au figuré.

Renaud, Les Mômes et les Enfants d’abord, Warner.

 

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