On a écouté le nouveau Coldplay

Musique classique, gospel, chanson de cow-boy, refrains fifties… Au moins, on ne pourra pas reprocher au groupe anglais de sortir de sa zone de confort avec  "Everyday Life" qui sort ce vendredi.

dsp1

Non, ce n’est pas une erreur de Spotify ou du technicien qui a pressé le master d’ »Everyday Life ». Le nouvel et double album de Coldplay (seize morceaux, 54 minutes) s’ouvre bien par Sunrise, un morceau de musique classique qui a davantage sa place dans la programmation de Musiq3 que sur une playlist de NRJ. Et c’est loin d’être la seule surprise de ce huitième enregistrement studio du groupe anglais qui est commercialisé ce vendredi 22 novembre.

Comme ils l’avaient fait avec « Ghost Stories » en 2014, Chris Martin et ses petits amis sortent des sentiers mainstream pour se faire plaisir et oser un disque surprise qui ressemble à tout sauf à un disque de Coldplay. Souvent décrite par ses détracteurs comme lisse, prévisible et trop propre sur elle, la formation anglaise explore ici de nouveaux chemins expérimentaux, loin des formats et des codes de la pop. Après les violons de Sunrise, la seconde chanson s’appuie ainsi sur des guitares planantes dignes d’un album concept de Pink Floyd. John Buckland, guitariste de Coldplay, s’en donne aussi à cœur joie (pédales d’effet, grattes superposées, accords tranchants) sur le très rock prog’ Trouble In Town, grand moment de cet album, au même titre que la ballade Daddy.

Les mélodies toujours là

Cette dernière étant, pour le coup, plus familière aux oreilles des fans. Le sanglot dans la voix, ses doigts dansant la chamade sur le piano, Chris Martin y rappelle ses qualités indéniables de mélodiste et ouvre son cœur.  « Papa, tout ce que je veux dire, tu es tellement loin. Papa, tout ce que je veux dire, reviens et reste, ne fusse qu’un seul jour. » Si vous avez les yeux humides dès que vous entendez Fix You ou Yellow, préparez un stock de Kleenex avant d’écouter Daddy.

Eglise et veillée scout

Nouveau grand écart avec Broken, qui nous emmène dans une paroisse du sud des Etats-Unis, avec chorale gospel, voix féminines, enfants, mamans en robes blanches et papas endimanchés qui tapent dans les mains. A côté de ça, le dernier sermon discographique album de Kayne West c’est de la grosse rigolade. La ballade When I Need a Friend poursuit dans cette veine du chant religieux et vous connaissez déjà Arabesque, avec son refrain (anecdotique, soyons honnête) chanté en français par notre Stromae et son solo de trompette interminable. On a aussi droit à un hommage aux chansons doo wop des années 50 (Cry Cry Cry), un hymne hippie contestataire (Guns avec voix mixée en avant et guitare acoustique), une ritournelle pour veillée scout pleine d’esprit de camaraderie (Old Friend) et à un joli clin d’œil au Coldplay « d’avant » avec l’efficace Orphans, qui n’aurait pas fait tache sur « A Head Full Of Dreams ».

Bien plus exigeant et donc bien moins évident sur un plan commercial que tout ce qu’ils ont proposé dans le passé, « Everyday Life »  est à Coldplay ce que « Pop » a été à U2, « Monster » à R.E.M.  ou « Kid A »  » à Radiohead. Une envie de casser son image, de sortir de sa zone de confort, de ne pas faire ce que les fans attendent et ce que les directeurs marketing exigent. Et pourquoi pas? Les « haters »  de Coldplay ne les aimeront pas plus pour autant. Le groupe risque certainement de perdre des fans et on ne parle même pas de l’inversion de leurs courbes de vente. Mais au moins Coldplay va au bout de sa folie créatrice et afirme haut et et fort sa liberté artistique. Et personne ne pourra leur enlever ce mérite.

Tournée éco-friendly

A ce double album improbable vient s’ajouter une autre info. Hormis les deux concerts qu’il a donné ce vendredi en Jordanie en compagnie de Stromae (photo ci-dessus), Coldplay annonce être en pleine réflexion pour une éventuelle tournée éco-friendly et ça ne semble pas être pour tout de suite. « Nous prenons le temps, au cours des deux prochaines années, de déterminer comment notre tournée peut être durable et bénéfique. Nous devons trouver le meilleur moyen de faire notre travail. », a confié Chris Martin à la BBC. « Nous serions déçus si ce n’était pas neutre en carbone. Notre rêve est d’avoir un spectacle sans plastique à usage unique et de le faire en grande partie à énergie solaire« .

Coldplay, Everyday Life, Warner. Sortie ce 21 novembre.

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité