Quand les artistes se rebellent contre l’industrie musicale

Taylor Swift a réussi à faire plier son ancien label pour avoir le droit d’interpréter ses propres chansons en télé. D’autres stars de la pop ont eu moins de réussite dans leur combat contre l’industrie.

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Forte de son statut de reine de la pop et de l’appui de ses 68 millions de followers sur Facebook, Taylor Swift vient de remporter une belle victoire dans la guerre qui l’oppose à son ancien label Big Machine, détenteur des masters (les enregistrements originaux) et des droits d’exploitation des chansons extraites de ses six premiers albums.

Récap’

Le 15 novembre dernier, Taylor Swift publie un long message sur sa page Facebook. Elle y explique que Scott Borchetta, boss du label Big Machine, et Scooter Braun, nouveau propriétaire de ce label, s’opposent à ce qu’elle chante un medley de ses premiers tubes le 24 novembre prochain lors de la cérémonie (télévisée et streamée) des American Music Awards où Swift doit être intronisée « artiste de la décennie ».

L’auteure de « Lover » accuse aussi les propriétaires de Big Machine de bloquer l’utilisation d’extraits de ses anciennes chansons dans un documentaire Netflix (en cours de production) prévu pour diffusion en 2021. Avant ce litige, Taylor Swift (désormais signée chez Universal Music) avait déjà annoncé qu’elle allait réenregistrer ses six premiers albums dès le 1er janvier 2020, date à laquelle elle sera libérée légalement de son contrat avec Big Machine. « La seule manière d’avoir le contrôle total de mon œuvre et d’avoir la liberté de faire ce que je veux avec mes propres créations, sans demander l’autorisation à qui que ce soit », explique-t-elle.

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Soutenue par ses fans et d’autres stars de la pop comme Selena Gomez, Halsey, Camila Cabello ou encore Keisha, Swift a finalement réussi à faire plier les « méchants ». Vigoureusement attaqué sur les réseaux sociaux et dans les médias américains traditionnels, Big Machine a déclaré ce mardi 19 novembre avoir trouvé en effet un accord avec la société productrice des American Music Awards pour que Taylor Swift puisse reprendre ses anciens titres. Si un(e) artiste est libre de chanter ce qu’il (elle) veut au cours de prestations privées ou publiques, la question des droits pour la rediffusion commerciale de ces prestations (en télé, sur les plateformes comme YouTube, DVD, albums live) doit être en effet être négociée avec les éditeurs de ces chansons. Ce combat gagné par une femme qui n’a pas froid aux yeux rappelle d’autres litiges où les artistes ne sont pas toujours sortis vainqueurs. Quelques exemples…

Prince contre Warner Music


Alors au sommet de sa gloire au début des années nonante, Prince souhaite s’affranchir de sa maison de disques Warner. Il rejette notamment le projet d’un best of (qui sortira quand même contre son gré en 1993) et profite de toutes ses interviews pour dénoncer son contrat. Jouant en live avec le mot  » slave » (« esclave ») peint sur sa joue, Prince devra attendre 1996 pour se libérer de son deal avec Warner. Changeant de nom comme de chemise (pourpre) et multipliant les projets, le kid de Minneapolis n’atteindra plus jamais les pics commerciaux atteints avec ses sorties sous le label Warner, toujours détenteur actuel de son back-catalogue. Toutefois, le combat de Prince a créé un nombre important de précédents, notamment dans le domaine de l’autoproduction et de la distribution directe de musique vers les fans. Kayne West ou Jay-Z peuvent lui dire merci.

George Michael contre Sony

Après le carton de son album « Faith » (1987, vingt-cinq millions d’exemplaires vendus) et l’échec relatif de « Listen Without Prejudice vol.1 » (1990), les relations s’enveniment entre l’ex-chanteur de Wham! et sa firme de disques Sony Music.  Le 30 octobre 1992, George Michael assigne Sony devant la Haute Cour de justice de Londres pour dénoncer les clauses de son contrat. Il perd son procès (et beaucoup d’argent versé aux avocats) et va en appel. Seul un accord à l’amiable (Sony gardant un pourcentage sur les ventes de ses futurs albums et les droits sur ses chansons existantes) évite un nouveau jugement en défaveur de George Michael. Pas rebelle contre le système au point de faire cavalier seul, George Michael rejoindra ensuite la multinationale DreamWorks (pour les Etats-Unis) et Virgin (pour les autres pays) en exigeant un pourcentage plus élevé sur les droits d’édition. Sony Music continue à gérer le back catalogue de l’artiste disparu le 25 décembre 2016 et s’en met pleins les fouilles.

MC Solaar contre Polydor

Après le carton de « Prose combat » (1994), MC Solaar compose deux albums qu’il remet à sa maison de disque Polydor, pour publication endéans trois mois sous la forme d’un double CD. Allant à l’encontre des choix de l’artiste, le label publie les deux disques séparément: le premier sort en juin 1997 ( » Paradisiaque »), et le second en juillet 1998 (« MC Solaar »). Solaar entame alors une procédure judiciaire à l’encontre de Polydor. En 1997, les prud’hommes reconnaissent que le label Polydor n’a pas respecté les clauses du contrat qui le liait à MC Solaar. La décision de justice, confirmée par la cour d’appel de Paris en 2002, puis par la cour de cassation en 2004, interdit à Polydor (devenue propriété du groupe Universal Music) de poursuivre l’exploitation des quatre premiers albums de l’artiste dont elle détient toujours la propriété intellectuelle. Un jugement a priori en faveur de l’artiste mais contre-productif, les quatre premiers disques (les meilleurs aussi) de MC Solaar n’ayant jamais été réédités (ni sur support physique, ni en téléchargement légal) et proposés en streaming légal. Si un jeune fan de rap veut écouter Nouveau Western ou Caroline sur Spotify, il doit se contenter d’un live pourri ou d’une version karaoké.

Metallica contre Napster

On vous parle d’un temps que les moins de vingt ne peuvent pas connaître. Celle d’avant Spotify où les groupes vendaient encore des millions de disques physiques et voyaient en Internet un ennemi. En 2000, Lars Ulrich, batteur de Metallica, a la mauvaise idée de s’attaquer à la plateforme Napster qui propose alors des téléchargements illégaux de fichiers MP3. Il s’attaque notamment aux serveurs informatiques de trois grosses universités américaines qu’il « accuse » d’être les complices de Napster en ne bloquant pas l’accès de cette plateforme pirate à ses étudiants. Hyper médiatisée, la croisade d’Ulrich sera bénéfique pour la future gestion des droits d’auteurs générés sur les plateformes numériques (Napster est désormais légal et payant). Mais « les milliardaires » du metal se mettront des milliers de fans à dos. « Même au sein de Metallica, je n’ai pas été appuyé dans ce combat pourtant légitime », déclare aujourd’hui Lars Ulrich.

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