« Le Bazar de la Charité » : une série tout feu tout femmes

En coproduction avec TF1, en collaboration avec Netflix, la RTBF dévoile dès jeudi soir une série où il est question d’incendie et d’héroïnes en avance sur leur temps.

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C’est une série sur laquelle on n’aurait pas parié. Il faut dire que les fictions dites “en costume” sont souvent reléguées à la case du dimanche après-midi pluvieux en compagnie du chat ou de mamie, c’est selon. Mais comme nous lui consacrons deux pages, il faut bien avouer qu’on a vu en Le Bazar de la Charité plus qu’une petite série française d’époque. Démonstration.

L’action commence le 4 mai 1897 à Paris. Ce jour-là se tient une vente de bienfaisance au Bazar de la Charité, réunissant tout le gratin parisien. Lorsqu’un incendie se déclenche dans la salle du cinématographe, le grand hangar construit uniquement en pin ne résiste pas longtemps aux flammes. L’évacuation du bâtiment par l’unique porte (tournante) est trop lente pour sauver tous les occupants. 124 personnes y perdent la vie et la majorité des victimes sont des femmes. Si vous êtes un passionné d’histoire, vous savez que, oui, ce terrible incident a bien eu lieu. Frappées par ce drame historique, les scénaristes Catherine Ramberg et Karine Spreuzkouski écrivent Le Bazar de la Charité, une série en huit épisodes qui, à partir de cet incendie, raconte les histoires de trois femmes. L’une est bourgeoise et coincée dans un mariage sans amour (Audrey Fleurot). L’autre est sa nièce, en passe de se marier à un riche prétendant (Camille Lou). La dernière est sa bonne, sur le point de partir vivre la grande vie à New York (Julie de Bona). Leurs projets seront évidemment mis à mal par cet événement traumatique.

Du feu en plateau

Pour faire vivre le drame aux spectateurs, la production n’a pas lésiné sur les moyens. Tourné aux Studios de Bry-sur-Marne, en région Île-de-France, le premier épisode est une longue et terrifiante reconstitution de l’incendie. “On a passé 50 % du temps des sept mois de préparation à parler de ce feu et à comment on allait le réaliser. Il fallait d’abord trouver un studio qui accepterait de le faire. En France, jamais un feu si grand n’avait été recons-titué dans un studio”, explique le réalisateur Alexandre Laurent (La Mante) lors d’une ren- contre presse au Festival de La Rochelle. Après deux refus d’experts, une solution est finalement trouvée: deux énormes ventilateurs accrochés au plafond seront actionnés entre chaque prise pour désenfumer le studio. Un détecteur de monoxyde de carbone est aussi installé et la durée des prises n’excède pas les 33 secondes. Passé ce délai, la chaleur était trop forte, tant pour l’équipe technique que pour les actrices, au centre des flammes. “Ça faisait très peur, on était très près du feu et la chaleur qui s’en dégageait était impressionnante, raconte Camille Lou. Pendant les scènes, je me rappelais que ça s’était réellement passé, ce qui fait que je n’arrivais pas à m’arrêter de pleurer tellement je trouvais ça bouleversant et horrible.

Passé ce premier épisode rempli de flammes, de cris et de larmes (et qui en fait des caisses, avouons-le), la série prend son envol narratif dès le deuxième épisode pour raconter les trois destins de ses héroïnes. Car plus que raconter un événement historique, Le Bazar de la Charité s’intéresse à la condition des femmes dans le Paris de la fin du XIXe. C’est grâce à cette direction claire que la série ne s’embourbe pas dans les menus détails d’un fait historique suranné et nous emporte avec elle dans son récit rocambolesque. “Les problématiques des héroïnes font écho à des problématiques actuelles: encore aujourd’hui, certaines femmes ne peuvent pas aimer qui elles veulent ou vivent sous la coupe de leur mari« , explique la productrice Iris Bucher. « Les mots d’ordre étaient: résonance avec aujourd’hui et comment faire d’un drame en costume une série contemporaine.

À la page

Cette modernité, on la retrouve autant dans la réalisation d’Alexandre Laurent que dans l’écriture des dialogues. Ici, pas de vouvoiement ni de phrasé théâtral. Les personnages parlent “normalement”, se tutoient et nous épargnent les phrases alambiquées. “La limite c’était “Ouais gros” ”, plaisante le réalisateur. Cette vision contemporaine de l’époque a d’abord surpris Audrey Fleurot, habituée au maintien langagier et corporel d’Un village français. “Au début, ça m’a fait bizarre, mais comme tout est traité comme ça, cela devient cohérent. Il y a une forme d’intemporalité. On a beau porter le corset, on s’est autorisées à parler de façon plus contemporaine. C’était une vraie volonté, et je dois dire que c’est une réussite. Les séries d’époque peuvent faire peur, car on a peur que ce soit ennuyeux et poussiéreux. Or là, il y a un côté assez rock qui me plaît beaucoup”, se réjouit l’actrice.

Pour mettre ses comédiens dans l’ambiance, Alexandre Laurent n’hésite pas non plus à user de sa voix et de musique dans les studios, le son étant refait en postproduction. “Il hurlait pendant les prises, il mettait la musique à fond, c’est un fou furieux! Je n’ai jamais été dirigé comme ça!”, se souvient Antoine Duléry (Les petits meurtres d’Agatha Christie) qui joue le père de Camille Lou. “Il me faisait les cris des femmes qui mouraient pendant la scène!”, explique cette dernière. Satisfaite du résultat, l’équipe est enthousiaste à l’idée de voir la série diffusée sur Netflix dès la fin de son passage en télé. Le Bazar de la Charité sera alors visible dans 140 pays.

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