Ce qu’on a pensé du film « Les Misérables » de Ladj Ly

Banlieue, violence… Vingt-cinq ans après La haine de Kassovitz, Ladj Ly fait la radioscopie de notre société dans un premier film-choc. 

Ce qu’on a pensé du film « Les Misérables » de Ladj Ly

La misère n’a pas déménagé, elle habite toujours Montfermeil. Dans ses Misérables (1862), Victor Hugo y situait la maison des Thénardier et la rencontre entre Cosette et Jean Valjean. Un siècle et demi plus tard, le cinéaste Ladj Ly, issu du collectif Kourtrajmé (“court métrage” en verlan), y dresse le portrait d’une cité de banlieue. Sa banlieue. Sa cité.

Les misérables version 2019, c’est l’histoire de Stéphane (excellent Damien Bonnard), flic novice qui débarque de Cherbourg pour intégrer la BAC, Brigade anti-criminalité dont les patrouilles sillonnent la cité de Montfermeil, commune de la Seine-Saint-Denis. C’est l’été, la France est championne du monde de foot, les gamins traînent dans les rues, les esprits s’échauffent et le vol d’un lionceau appartenant à un cirque de passage va mettre le feu aux poudres. L’action se déroule en une journée, la première de Stéphane sur ce terrain qu’il ne connaît pas. C’est à travers ses yeux que le spectateur va découvrir les clans, les petits trafics, des flics qui jouent au cow-boy et d’autres qui tentent le dialogue. Personne n’attendait de moi que je raconte mon histoire de ce point de vue, explique Ladj Ly. On m’attendait plutôt dans l’autre camp. Mais les “misérables”, c’est tout le monde. Je me mets à la place des habitants mais aussi à la place de ces policiers qui travaillent dans des conditions difficiles et retournent eux aussi dans des cités HLM quand ils ont fini leur service.”

Prix du jury au dernier festival de Cannes, le premier long métrage de Ladj Ly décrit une société en colère, minée par la pauvreté et le communautarisme. Avec au centre, les enfants, omniprésents.Comment être un enfant et évoluer dans un tel univers?, s’interroge le réalisateur. C’est plutôt mal barré. Les écoles publiques en banlieue, c’est clairement une catastrophe. Ce sont les profs qui nous le disent! La culture est devenue presque inexistante, tous les budgets ont été quasiment supprimés. Donc à un moment donné, il ne faut pas s’étonner qu’on trouve les gamins livrés à eux-mêmes. Ce film, c’est surtout un cri d’alerte adressé aux politiques parce que j’estime qu’ils sont les premiers responsables de cette situation qu’ils ont laissée pourrir depuis 30 ou 40 ans. Les questions que pose Ladj Ly nous concernent tous. Tout comme nous interpelle la citation de Victor Hugo, encore lui, qui conclut le film: Il n’y a ni mauvaise herbe, ni mauvais homme, il n’y a que de mauvais cultivateurs”.

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