blackwave. : « Parce qu’on n’a pas de street credibility, on ne pourrait pas rapper ? N’importe quoi ! »

Avec « Are We Still Dreaming », le duo de rappeurs anversois donne une leçon de hip-hop old-school en 17 titres super addictifs. Une claque.

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blackwave. est sans doute ce qui se fait de meilleur en matière de hip-hop instrumental en Belgique actuellement. Propulsé début 2017 par les good vibes de leur hit BIG Dreams, le duo de rappeurs Anversois composé de Willem « Will » Ardui et Jean « Jay » Atohoun a depuis confirmé ses belles promesses avec des titres plus profonds et matures (Elusive, GoodEnough) et séduit le public avec une cool attitude communicative sur scène.

Ils réalisent un nouveau rêve avec un premier album nommé « Are We Still Dreaming? » qui sent toujours aussi bon la nostalgie. Avec des sons à la fois soul, jazzy, groovy ou funky, ses 17 titres donnent envie de chanter de danser ou simplement de chiller. C’est donc en toute décontraction qu’on a discuté avec eux du disque qu’ils présenteront dans une Ancienne Belgique pleine à craquer le 3 décembre.

Vous chantez « Are we still dreaming ? Is this the life we chose ? Wake up, wake up !  » sur le morceau Lava. Qu’est-ce que ce refrain signifie pour vous ?

Will : Il y a plusieurs significations derrière. La première est positive. Tout ce qui nous est arrivé est incroyable, est-ce qu’on peut vraiment y croire ou est-ce qu’on est encore en train de rêver ? D’un autre côté, lorsque nous avons commencé le projet nous étions très ambitieux et nous avions fixés plusieurs objectifs. Ces objectifs se sont réalisés plus tôt que prévu pour nous, jouer au Pukkelpop, à Rock Werchter, passer à la radio… C’est vrai qu’on devrait en être heureux, se sentir accompli. Mais maintenant qu’on y est, quand on regarde ce qu’on a accompli, on se demande si c’était vraiment ça le rêve qui nous rendrait heureux.

Jay : Il y a aussi une certaine contemplation de la réalité. On se rend compte que même si on a accompli de belles choses, la vie ordinaire nous rattrape toujours avec des réalités auxquelles on ne peut échapper. On est tous les deux de jeunes adultes qui prenons notre indépendance, qui doivent commencer à payer des factures et veiller à ce que tout tienne la route financièrement. Est-ce qu’on peut encore se prendre à rêver lorsqu’on fait face à tout ça ?

Même si on a accompli de belles choses, la vie ordinaire nous rattrape toujours avec des réalités auxquelles on ne peut échapper.

L’album comporte 17 titres . C’est plutôt costaud, mais certains morceaux plus connus comme Whasgood ?!, Never Seen U ou Swangin n’y figurent pas. Pourquoi avoir décidé de s’en passer ?

Will : C’est une question de feeling. Nous avons réalisé l’album sur deux ans, ça a été un long processus et nous avons créé beaucoup de morceaux sur cette période. Mais on ne voulait pas faire un album de 1h30. Il a fallu en écarter certains. Avec du recul, ces trois titres sont un peu plus naïfs et je pense que, de manière subconsciente, nous avons sélectionné ceux qui sont plus matures. Nous sommes plutôt dans cet état d’esprit aujourd’hui, et ces chansons ne se seraient pas bien intégrées dans la structure de l’album.

Jay : Mais ça ne veut pas dire qu’on n’aime plus jouer ces titres-là. On les adore, et ceux qui sont présents sur l’album ne sont pas forcément meilleurs. Mais ils se complètent mieux, comme l’a dit Will, c’est une question de feeling.

Le titre GoodEnough, qui figure sur l’album et tourne en radio, a été qualifié par le magazine Forbes de « meilleur son hip-hop d’influence 90’s » que l’on peut écouter en ce moment. Il a été composé suite à une review négative d’un journaliste à votre sujet. C’est une belle revanche pour vous ?

Will : La critique disait que nous manquions de street credibility pour faire du hip-hop. What the fuck ? C’était n’importe quoi ! Encore plus venant de la part d’un belge moyen issu de la classe moyenne… On adore le hip-hop, on en écoute tout le temps, on le respire, on le vit. Mais parce que nous n’avons pas un passé difficile, nous ne pourrions pas en faire ? Est-ce qu’on ne peut pas simplement passer de bons moments sur scène et s’amuser avec le public comme n’importe qui ? Ca nous a frustré, et la meilleure façon pour nous d’extérioriser ce sentiment était d’en faire une chanson, ce n’était pas pour nous venger. Mais pour la petite histoire, le type qui a écrit la review est revenu vers nous pour dire qu’il avait exagéré.

On peut effectivement dire que votre musique est plutôt old-school. De même que l’univers graphique de l’album l’artwork de l’album présente un graphisme de jeu vidéo fin des années 70’s/début 80’s. La nostalgie, c’est ce qui définit blackwave. ?

Will : Ce n’est pas vraiment un choix, c’est juste notre manière de concevoir la musique. On ne s’est pas assis par terre en se demandant comment on pouvait faire sonner notre musique comme avant. C’est simplement ce qu’on aime faire.

Jay : Ça nous plaît de faire de la musique de cette façon, même chose pour l’artwork et le jeu vidéo que nous avons développé pour la sortie de l’alnbum (un jeu d’arcade type « Space Invaders » bientôt disponible via une application, NDLR). On avait développé cette identité graphique pour le clip de Whasgood !? et ça nous a paru tout naturel d’en faire un vrai jeu.

On ne s’est pas assis par terre en se demandant comment on pouvait faire sonner notre musique comme à l’époque.

Comme Bruxelles avec Damso, Roméo Elvis ou Hamza, Anvers est le nouveau bastion du hip-hop flamand avec des artistes comme Coely, TheColorGrey ou Woodie Smalls. Est-ce qu’on peut un jour imaginer de développer une rap-connexion entre les deux villes ?

Jay : C’est dans un coin de nos têtes mais en même temps ça me semble compliqué. Je ne sais pas si c’est vraiment le cas, mais j’ai l’impression qu’il y a une mentalité très compétitive dans le milieu. Pas forcément chez les artistes eux-mêmes, mais peut-être les équipes qui sont derrière… Ce qui est dommage parce que ce serait génial de travailler avec tout le monde. De notre côté, nous avons été très occupés avec l’album et on n’a pas vraiment essayé de développer de nouveaux liens. Mais j’espère vraiment qu’un jour on pourra collaborer avec Coely ou un artiste néerlandais. Et avec des artistes francophones aussi mais la marche me semble un peu plus haute encore.

En avril dernier, dans l’émission Décibels, vous avez interprété une cover de Clint Eastwood de Gorillaz. Damon Albarn est une source d’inspiration pour vous ?

Will : Absolument et ce serait vraiment incroyable de collaborer avec lui pour le coup, Roméo Elvis l’a fait d’ailleurs. Damon Albarn une grande inspiration, la façon dont il est parvenu à combiner des genres musicaux différents ou développer de la musique sans label et sans penser au jugement des autres, le nombre d’artistes avec qui il a fait des projets. Mais il y a plein d’autres personnes avec qui j’aimerais travailler également. Avant l’album, j’aurai plutôt pensé d’abord à des chanteurs, mais maintenant j’irai plus vite vers des producteurs de l’ombre comme Adrian Miller qui a produit l’album « Malibu » d’Anderson .Paak… Même si je ne dirais pas non à une collab avec Anderson .Paak non plus (rires).

La composition viendra toujours en premier. On ne peut pas enchaîner des dates intéressantes si la qualité musicale ne suit pas derrière.  

Après la sortie de l’album, vous vous produisez le 3 décembre dans une AB pleine archi-complète. C’est quoi la prochaine étape maintenant ?

Will : J’adorerai jouer à l’étranger, dans différents pays, et continuer à jouer sur des scènes plus grandes. Mais pour moi, le plus important sera toujours d’abord la musique que nous créons. J’espère que cette album trouvera sa place auprès des auditeurs et des critiques. Et ensuite, en ce qui me concerne, je penserai déjà à d’autres musiques à composer.

Jay : Idem pour moi, la musique en premier. On ne peut pas enchaîner des dates intéressantes si la qualité musicale ne suit pas derrière. Mais en Belgique, la prochaine étape importante serait la Lotto Arena ou quelque chose comme ça. Je ne pense pas qu’on le fera bientôt, la marche est peut-être un peu trop haute, mais j’aimerais vraiment m’y produire. Et jouer à l’étranger aussi. Si on pouvait faire la même chose que ce qu’on fait ici, même sur une plus petite échelle, ce serait incroyable.

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