Jean-Paul Dubois décroche le Goncourt

L'auteur qui, depuis des années, construit une œuvre personnelle et est suivi par une fan-base très amicale, est le lauréat du plus vendeur des prix littéraires pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon."

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Le 100e prix Goncourt ne sera donc pas belge. Même si le pays retenait son souffle avec l’air de celui qui fait semblant de ne pas s’y intéresser, même si « Soif » d’Amélie Nothomb n’est pas indigne, nous sommes quand même très heureux de voir Jean-Dubois couronné par le plus prestigieux des prix littéraires. Déjà lauréat du Femina en 2004 avec un livre vaguement autobiographique mais un authentique chef-d’oeuvre – « Une vie française« ,  Dubois décroche le saint Graal de l’édition française (qui fait sauter le compteur des ventes) pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. » Une fois encore, le livre est porté par la voix d’un homme malhabile avec le monde (c’est pratiquement toujours le cas chez Dubois) et raconte…  

Paul Hansen parle depuis la prison de Montréal. Paul partage sa cellule avec Horton, un Hells Angel qui voudrait couper tout le monde en deux mais qui, dans le fond, est un brave type. De là part l’évocation d’un destin commencé en France auprès d’un père pasteur danois et d’une mère tenancière du cinéma qui a fait découvrir Gorge profonde à sa clientèle… Un destin qui se poursuit au Québec, dans les bras de Winona la pilote et à la tête de la conciergerie d’un immeuble paquebot – l’Excelsior dont il connaît tous les recoins. Mais alors, pourquoi Paul compte-t-il les jours en prison? Réponse dans ce très beau roman qui, une fois de plus, explore la délicatesse des hommes à être des frères et la fatigue existentielle de ces mêmes hommes face aux salopards qui peuplent le monde.

Depuis « Maria est mort » en 1989, Jean-Paul Dubois construit une oeuvre personnelle, loin des prétentions de Saint-Germain (qu’il ne fréquente pas), basée sur l’absurdité du monde regardée et subie par des personnages qui se demandent toujours ce qu’ils font là. Ancien reporter au Nouvel Obs où il signait de magnifiques papiers sur l’Amérique – ses incongruités, ses travers et sa mythologie -, Dubois est le spécialiste des titres décalés, interpellants, longs et mélancoliques. « Parfois je ris seul », « Prends soin de moi », « La vie me fait peur », « Je pense à autre chose », « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi », « Vous plaisantez, Monsieur Tanner » – on en passe et des plus jolis encore – ont été des balises capitales dans la relation que Dubois – qui goûte assez peu aux plaisirs des médias – avec des lecteurs et des lectrices qui, au fil des livres, sont devenus des amis et des amies. Chaque nouveau livre est comme un texto qui se rappelle à notre bon souvenir – sauf que le texto est, à chaque fois, un texte brillant, malicieux, touchant et d’une justesse bouleversante sans jamais frôler la frontière du pathos et de la facilité.

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