Comment les sessions Colors sont devenues si populaires?

Avec ses murs colorés et ses prestations épurées de qualité, la plate-forme berlinoise est devenue incontournable en trois ans d'existence à peine.

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« ALL Colors. No genres. » La baseline de Colors est limpide, tout comme son concept, esthétique et pop. Un artiste, une session, une couleur. Une simplicité qui permet de se recentrer sur l’essentiel : la musique. Lancée en février 2016, la plate-forme propose alors la prestation d’Emilio Mercuri face à trois murs vert d’eau. Porté par sa voix chaude, l’ancien chanteur des Redcoats (un groupe australien) happe le spectateur le temps d’une chanson de près de 5 minutes, seulement accompagné de sa guitare. Le ton est donné, il n’en changera pas.

Au fur et à mesure des prestations, la chaîne YouTube berlinoise accumule les vues et engrange les abonnés. Avec 3,74 millions de fans sur YouTube et 719.000 sur Instagram, le magazine musical peut se targuer d’avoir réussi à fédérer une très large audience en trois années d’existence à peine. Ce qui lui permet de faire découvrir des talents parfois complètement inconnus ou d’offrir une visibilité à des artistes qui n’arrivent pas à dépasser les frontières de leur pays. Mais aussi d’attirer aujourd’hui les gros poissons de l’industrie musicale, comme Common, ScHoolboy Q ou encore Skepta pour leur « Collector’s edition ». Une sorte de bonus, juste pour le plaisir.

Seul critère de sélection pour passer sur la chaîne : un sens du groove à toute épreuve. Colors est curatrice de sa galerie de talents. Contrairement à la majorité des plate-formes, les fondateurs de la chaîne ne se fient pas au nombre de followers pour inviter un artiste à se produire sur leur scène colorée, mais bien à son répertoire. En témoigne la venue de Juju Rogers, un rappeur allemand relativement anonyme, ou plus dernièrement de TOBi, un chanteur canado-nigérian à la voix délicieusement cassée.

Alors, fond vert ou pas?

Cette version très luxe des jams sessions filmées à la cool dans un salon, qui génère entre 200.000 et 34 millions de vues par vidéo (le record étant détenu par Angèle pour le morceau Ta Reine) se veut également un peu mystérieuse. Pas d’interview, pas de « behind the scene », les équipes de Colors se consacrent essentiellement à la valorisation de leurs invités (où l’on retrouve de nombreux belges, comme Caballero & JeanJass, Roméo Elvis, Yellowstraps ou encore Angèle, of course). Dans la longue liste des questions qui se retrouvent systématiquement en commentaire des vidéos, on souligne l’éternelle « Ils repeignent les murs à chaque fois ou c’est un fond vert ?« .

Des artistes passés par le studio interrogés à ce sujet on retiendra que « révéler les coulisses des sessions Colors, c’est un peu comme montrer une photo de la tête des Daft Punk » ou encore les commentaires dithyrambiques d’Oxmo Puccino à ce sujet, passé pour présenter son nouvel album « La nuit du réveil » avec le sublime « Le droit de chanter ». Très bien pensée, la plate-forme demande aux artistes de présenter un morceau qui n’a pas été utilisé comme single. Ce qui leur offre une sorte « d’exclusivité », puisque la majorité du temps, ces titres ne sont pas clippés. Un concept d’une efficacité redoutable.

La preuve avec quelques coups de cœurs  :

Le chanteur canadien Daniel Caesar avec le délicat Best Part

L’américain GoldLink et le très groovy Rough Soul

Le londonien James Vickery avec le sensuel Until Morning

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