Clara Luciani: « Ce qui m’arrive est tout sauf une torture »

Contrairement à Angèle, l’auteure de La grenade s’est construite progressivement sur scène. À la veille des Solidarités, elle revient sur cette initiation qui la rend plus forte que tout.

© Belga Image

Révélation l’été dernier, Clara Luciani est aujourd’hui la tête d’affiche que tout le monde s’arrache. Et le succès de La grenade, chanson autobiographique devenue malgré elle ode féministe, n’explique pas tout. Plus qu’une revanche, cette reconnaissance est due à la détermination de cette chanteuse, guitariste, auteure et compositrice originaire de Martigues. Parfaitement bien dans son époque, Clara Luciani a suivi un parcours artistique “à l’ancienne” pour s’imposer.

Plutôt que de poster sur la Toile plusieurs singles et miser sur le teasing, Clara Luciani a sorti sans le moindre buzz son premier album “Sainte-Victoire” en avril 2018. Elle l’a ensuite défendu sur des scènes de plus en plus importantes, enchaînant avec ses musiciens les dates et les kilomètres. À la veille de sa prestation aux Solidarités (la troisième en Belgique cet été après les Francofolies et Ronquières) et alors que “Sainte-Victoire” a dépassé le cap des 100.000 exemplaires écoulés, Clara Luciani jouit pleinement de tout ce bonheur qui lui tombe dessus, mais reste parfaitement lucide.

Comment vous sentez-vous?

CLARA LUCIANI - Je suis hyper-heureuse de ce qui m’arrive. Je me sens complètement épanouie parce que je me rends compte que je suis faite pour jouer de manière répétée. Par contre, la fatigue est là et je sais que je suis encore fragile. Un commentaire négatif, même si c’est un truc anonyme sur Facebook, peut encore me faire vaciller.

Depuis la sortie de “Sainte-Victoire”, vous avez accumulé plus d’une centaine de concerts. Comment vous conditionnez-vous pour que cela ne devienne pas quelque chose de mécanique?

J’essaie de vivre le moment présent. Ce sont les circonstances qui rendent à chaque fois un concert différent. C’est un marathon, oui, mais depuis le début de la tournée, je n’ai pourtant jamais eu l’impression d’avoir livré deux fois la même prestation. Parfois il y a des problèmes techniques, parfois je suis de meilleure humeur. Il arrive que ma voix se perde un peu, que le public réagisse de manière inhabituelle, ou que mes musiciens se prennent des pains. Ce n’est jamais le même ressenti.

Il vous arrive de vous planter?

Oui, ça m’arrive comme chanteuse et comme guitariste. J’accueille ça sans le moindre problème. Nous jouons sans ordinateur et ça ne sonnera jamais comme sur le disque. Les gens qui viennent nous voir nous aiment pour cette raison. Ils savent que c’est un truc live, humain. Et l’imprévu en fait partie.

Votre album “Sainte-Victoire” a mis du temps à décoller. Vous avez dû apprendre les vertus de la patience?

Les vertus de la patience et celles de la persévérance. Ça date déjà d’avant la sortie de mon disque. Je suis montée à Paris en 2011. Après plusieurs expériences musicales (notamment au sein du groupe La Femme – NDLR) et des jobs alimentaires, j’ai dû attendre 2017 pour sortir mon premier EP. Cela n’a pas été facile et ce sont des choses qu’on n’oublie pas. Tant mieux car ce lent apprentissage donne une couleur différente à ce qui m’arrive aujourd’hui. Le mot “succès” est relatif. Je préfère le terme “reconnaissance” et je l’apprécie d’autant plus que je garde en mémoire tout le chemin parcouru.

Dans ce chemin parcouru, certaines étapes ont-elles été plus marquantes que d’autres?

Oui, mon premier concert à l’Olympia ou le disque d’or qu’on m’a remis. La Victoire de la musique en février 2019 m’a aussi fait beaucoup de bien au niveau de la confiance. J’ai été plébiscitée dans la catégorie “Révélation scène” alors que quelques mois auparavant, j’étais littéralement pétrifiée à l’idée de jouer en live. Je ne me sentais pas à l’aise et je suis parvenue à retourner les choses à mon avantage.

La grenade a été diffusé partout en radio et sur le Web. La chanson vous appartient encore?

Mes chansons m’appartiennent encore, mais leur perception me dépasse. C’est quelque chose que j’ai appris avec La grenade. J’ai reçu énormément de réactions qui venaient quasi exclusivement de femmes. Ce qui me touche, c’est que j’avais écrit La grenade pour me donner du courage. Aujourd’hui, non seulement c’est le titre qui fait le plus réagir, mais il semble aussi donner du courage à d’autres femmes.

Ces réactions vont-elles influencer l’écriture de vos prochaines chansons?

J’écris sur mes sentiments et je vis actuellement des choses très fortes. Je ne sais pas, par contre, ce qui va se transformer en chanson. Je crois, par contre, avoir fait le tour de la question sur le rapport à la féminité.

Dans votre position, quel est le revers de la médaille?

J’ai du mal avec l’idée de vacances. Pour moi, les vacances, on y a droit quand on travaille. Dans mon inconscient, le travail a toujours été assimilé à une torture et une contrainte. Et ce qui m’arrive est tout sauf une torture. Je n’ai donc pas envie de m’arrêter, même si je sais que c’est nécessaire de prendre un peu de recul “pour regarder le tableau de plus loin”. Le 11 septembre, ma tournée se clôture à l’Olympia. J’ai du mal à me faire à cette idée.

Le 25 août à 21h45 sur la scène de l’Esplanade aux Solidarités, Namur.

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