« American Crime Story », le rêve américain écorché

Le scénariste culte Ryan Murphy reconstitue deux affaires criminelles qui ont fasciné les Américains. Parce qu’ils en étaient les témoins, mais aussi les coupables.

©American Crime Story

L’échec, il ne connaît pas. Ou si peu. Depuis le début des années 2000, presque tout ce que Ryan Murphy touche se transforme en or. Il faut dire que ce concepteur de séries a l’art de proposer des œuvres qui attisent la curiosité et innovent. Quitte à piquer là où ça fait mal, comme avec Nip/Tuck qui pointait du doigt les excès de la chirurgie esthétique, ou dans un tout autre registre, Glee, cette bluette musicale pas si naïve qui témoignait du mal-être des ados. On lui doit ensuite d’avoir porté au petit écran des productions à faire froid dans le dos. Comme American Horror Story, qui étrillait le côté obscur des États-Unis. Aucune des créations de Ryan Murphy ne se veut gratuite. Toutes mettent en avant des travers de la société américaine, pour mieux les brocarder. American Crime Story, déjà disponible sur Netflix et dont la saison 1 débarque sur Club RTL, n’échappe pas à la règle.

Cold Cases

Ce feuilleton dit d’anthologie – chaque round est indépendant et développe un récit complet – s’intéresse aux grands faits divers qui ont marqué l’inconscient collectif. Lancé en 2016, il compte pour le moment deux fournées, chacune adaptée d’un livre. Dans la première, transposée de The Run Of His Life: The People V. O.J. Simpson de Jeffrey Toobin, les scénaristes se sont attaqués à ce que beaucoup considèrent comme “le procès du siècle”, en évoquant les déboires d’O.J. Simpson. Cet ancien joueur de football américain, incarné ici à merveille par Cuba Gooding Jr, est accusé d’avoir tué en 1994 son ex-femme et l’un de ses amis.

Pendant dix épisodes, et avec des stars comme John Travolta ou Sarah Paulson, American Crime Story raconte le procès de la vedette, notamment ses coulisses, sans oublier de reconstituer la fameuse course-poursuite suivie en direct par des millions de téléspectateurs. La deuxième salve, proposée deux ans après, revient quant à elle sur le meurtre du couturier Gianni Versace (joué par Édgar Ramírez) en 1997, assassiné devant son domicile par Andrew Cunanan (Darren Criss, Glee), un serial killer. Là aussi, l’histoire est tirée d’un ouvrage, à savoir celui de Maureen Orthpour, Vulgar Favors: Andrew Cunanan, Gianni Versace, And The Largest Failed Manhunt In U.S. History. Plus que la mise à mort du créateur de mode, c’est autour du parcours et de la traque du tueur que s’articule l’intrigue. On en veut pour preuve l’arnaque qui entoure la présence de Ricky Martin au casting: on le voit en effet à peine endosser le rôle de l’amant de Versace.

Réalité augmentée?

On excuse volontiers cet artifice de marketing, tant l’ensemble s’inscrit dans une volonté d’être au plus proche de la réalité: en utilisant, par exemple, la vraie demeure de Robert Kardashian (David Schwimmer, Friends) – le défenseur du criminel -, en s’appuyant sur des images d’archives, en offrant au célèbre journaliste Larry King de tourner des scènes qu’il avait vécues… “Ça devenait une obsession que d’être dans le vrai, confie Ryan Murphy. Chaque ligne du scénario, chaque séquence tournée a été passée au crible par cinq avocats. Je suis fier que notre travail de recherche ait donné ce résultat.” Quitte à choquer le public, comme lorsque le choix est fait d’intégrer le véritable coup de fil aux secours de Nicole Brown, l’ex de Simpson. Topo identique pour la deuxième fresque. Quand bien même Donatella Versace, sœur de la victime interprétée par Penélope Cruz, n’a pas approuvé la reconstitution des faits (la famille dément notamment que Versace était porteur du VIH), les équipes ont de la même manière cherché à être crédibles, en restant fidèles aux investigations de Maureen Orthpour. Et une partie des plans a été filmée dans le manoir qui appartenait au styliste de Miami.

La saison 2, quant à elle, expose, en plus des fai-blesses de l’enquête qui a suivi l’homicide, certaines plaies des années 90, comme l’homophobie ou la façon dont les malades du Sida étaient perçus. “À cette époque, quelques personnes avaient accès aux nouveaux traitements, rappelle Édgar Ramírez. Les gens n’étaient plus condamnés à mort, physiquement parlant. Mais ils l’étaient socialement. Nous voulions détailler tous les a priori, toutes les fausses déclarations et tous les stigmates qui ont conduit Versace à être assassiné.” Bref, des thématiques d’hier, plus que jamais d’actualité dans l’Amérique de Trump, grâce à cet éclairage aussi pertinent qu’essentiel.

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