« Once Upon A Time… In Hollywood »: l’hommage du cinéphile Tarantino

Dans Once Upon A Time… In Hollywood, le réalisateur réunit Leonardo DiCaprio et Brad Pitt pour signer une lettre d’amour au 7e  art sur fond de fin de rêve sixties. Brillant.

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Quentin Tarantino a six ans lorsqu’il découvre à la télé les images du meurtre perpétré le 9 août 1969 par trois disciples du gourou Charles Manson sur l’actrice Sharon Tate et ses amis dans la villa qu’elle occupait avec son époux, le réalisateur Roman Polanski, à Cielo Drive, sur les hauteurs de Los Angeles. Traumatisant pour toute l’Amérique, ce fait divers marque la fin du rêve sixties tout comme il sonne le glas de l’utopie hippie, même si le festival de Woodstock se tient une semaine plus tard.

Ce même Tarantino a seulement seize ans lorsqu’il abandonne ses études en Californie pour bosser comme projectionniste dans un cinéma porno et au magasin Videos Archive. Dans cette boutique de location de films de Hermosa Beach où il va rester jusqu’en 1989,  il se prend une indigestion de Nouvelle Vague française, de films d’arts martiaux tournés à Hong Kong, de westerns américains de série B, de “horror movies” fauchés et de polars noirs.

Ces deux expériences initiatiques nourrissent chacune des 159 minutes de Once Upon A Time… In Hollywood. Fort justement, Quentin Tarantino déclarait lors de la projection en avant-première de son film à Cannes qu’il s’agissait de “son œuvre la plus personnelle”. Nous irons même plus loin. Once Upon A Time… In Hollywood est la somme de ses huit longs métrages précédents, tous marqués par la cinéphilie aiguë de son auteur et sa fascination parfois malsaine pour la violence. Pourtant, la grande idée de ce projet qu’il a mis cinq ans à écrire n’est pas tellement de planter son pitch dans la Cité des Anges en 1969, année charnière où tout a basculé aux États-Unis, mais bien d’illustrer au travers de ses trois    personnages principaux la confrontation des mentalités ayant conduit à ce basculement.

© Prod

En ordre d’apparition, il y a donc Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) qui incarne le passé. Soit une star fanée et alcoolo qui doit désormais se contenter d’apparitions dans des séries western télé et du rôle du mauvais “qui perd toujours à la fin  face au jeune héros”. Dalton est un nostalgique, un théoricien blasé du “c’était mieux avant”. Un être fragile aussi. Dans une scène émouvante,  il dit en pleurs “Je suis un has been” alors que que Mick Jagger chante Out Of Time en fond sonore. Cliff Booth (fantastique Brad Pitt) est sa doublure pour les cascades à risques, mais aussi son chauffeur, homme à tout faire et meilleur pote. Cliff, lui, vit au présent et respire la cool attitude. Il roule, tout sourire, dans une Cadillac vintage (la même utilisée par les gangsters en costard de Reservoir Dogs, premier film de Tarantino), prend une hippie mineure d’âge en stop, partage la pâtée avec son chien en regardant Mannix à la télé dans son mobil-home.

L’art de la reconstitution

Et puis, débarque à l’aéroport  la très glamour Sharon Tate (Margot Robbie) dont le mode de vie et le look préfigurent déjà le Nouvel Hollywood qui va tout révolutionner dans les seventies. Tout ce petit monde se côtoie (le couple Tate/Polanski vient habiter à côté de la villa du cow-boy has been) entre sauteries dans le Manoir Playboy, restos branchés, bars aux enseignes tapageuses sur Sunset Boulevard, échangeurs d’autoroute et plateaux de tournage… 

Au sommet de son art mais aussi de tous les excès dont il est coutumier, Tarantino excelle dans les dialogues, les mises en abyme (la caméra qui filme une caméra filmant une répétition d’un film) et les références à l’âge d’or d’Hollywood qui sont autant de déclarations d’amour au cinéma. Les petits rôles mettant en valeur les artisans anonymes du 7e art sont joués par des grands acteurs. Al Pacino en agent de stars qui persuade Rick Dalton d’aller tourner des westerns-spaghettis en Italie, Luke Perry (dont c’est le dernier rôle avant sa disparition en mars dernier) en comédien old school ou Kurt Russell en chef de plateau sont tous excellents.

Le sujet du film permet aussi à Tarantino de se faire plaisir avec des reconstitutions d’une précision chirurgicale du Los Angeles de 1969. Démolis aujourd’hui, le Spahn Ranch où vivaient Charles Manson et ses disciples, les salles mythiques de Hollywood Boulevard, le 10050 Cielo Drive et les drive-in poussiéreux ressuscitent, plus vrais que nature. Prenant des libertés avec l’histoire, comme il l’avait fait notamment dans Inglourious Basterds et Django Unchained, Tarantino réécrit une scène de La grande évasion, taille un costard à Bruce Lee (qu’il admire pourtant), oublie la guerre du Viêtnam (seulement présente dans des flashs radio), donne des titres de noblesse à de simples figurants et, dans le final, use et abuse de scènes trash. Et Hollywood, c’est aussi un peu tout ça. Vous allez vous prendre une grosse claque.

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