« Blumhouse Productions », la petite société horrifique qui a mis Hollywood à ses pieds

En réaction aux récentes tueries de masse, la sortie de The Hunt, violente satire sur le port d'armes aux USA, est annulée. Le film semblait pourtant promis a un joli succès commercial en salles. Comme pratiquement chaque (co-)production labellisée "Blumhouse".

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Dans l’industrie du cinéma et les milliards de dollars brassés par les mastodontes d’Hollywood chaque année, le parcours de Blumhouse Productions a des allures de feel-good movie. C’est l’histoire d’une petite société partie de presque rien et parvenue à se faire une place dans la cour des grands en leur faisant peur. Littéralement. Car la maison de production doit son monstrueux succès (4 milliards de bénéfices en 2018) à un domaine particulier : le cinéma d’horreur.

À l’image de The Hunt – avec Hilary Swank et Emma Roberts – dont la sortie vient d’être annulée (repoussée?) par les studios Universal pour ne pas heurter davantage un public américain traumatisé par les récentes tueries de masse (le film montre des élites citadins traquant et abattant par pur snobisme des pauvres citoyens dans les États ruraux), la première production de Blumhouse était une satire de la société. Sorti en 2007, The Darwin Awards alignait un casting d’enfer avec Joseph Fiennes (The Handmaid’s Tale), Winona Ryder (Stranger Things) et le regretté Chris Penn (le frère de Sean). Le film abordait, avec un humour acerbe, les fameux prix « récompensant » sur Internet depuis 1993 les morts accidentelles les plus stupides. Pas encore horrifique, mais déjà effrayant face à un tel étalage de bêtise humaine et aussi un peu glauque devant la propension qu’ont les Hommes à rire de la mort d’autrui.

Avec près de 310.000 dollars récoltés au box-office et un médiocre 25% d’avis positif sur le site critique Rotten Tomatoes, ce premier essai ne fut pas une franche réussite (c’est un euphémisme). Mais la petite maison dont les fondations sont encore toutes fragiles parvient à tenir bon. S’inspirant des techniques de found footage (caméra à la première personne) qui ont fait le succès du cultissime Blair Witch Project 10 ans plus tôt, Blumhouse sort Paranormal Activity en 2009. Coup de génie pour certains, hérésie cinématographique pour les autres, le film réalisé avec à peine 15.000 dollars et des acteurs complètement inconnus – et disparus de la circulation depuis – amasse 193 millions de recettes mondiales.

C’est le jackpot et le concept connaîtra plusieurs suites, simples copies de l’original ou objets dérivés complètement nuls. Mais Blumhouse s’est fait un nom et tient le bon filon. Les spectateurs lassés de films d’horreur gores sans profondeur (les Saw à la chaîne, Hostel, le remake La Colline a des yeux, etc.) ont envie de frissonner. En 2010, les studios participent alors à la production du super flippant Insidious et s’impose définitivement comme un acteur qui compte dans le cinéma d’épouvante.

Résurrection et consécration

Cette nouvelle décennie qui commence ouvre la porte à tous les possibles. Avec la franchise The Purge (« American Nightmare », lancé en 2013 et aujourd’hui décliné en série), nouvelle satire cauchemardesque de la violence qui anime la société américaine (photo), Blumhouse trouve sa poule aux œufs d’or. L’argent récolté permet au studio de se diversifier et d’investir dans des productions très éloignées de son domaine de prédilection. Avec notamment le film Whiplash de Damien Chazelle (La La Land) qui a récolté trois Oscars en 2015 (dont celui du meilleur acteur dans un second-rôle pour J.K. Simons).

Fort de son statut de « nouveau riche » et de son insolente réussite, la société ose même des paris fous comme celui de ressusciter à lui seul la carrière de l’ancien prodige du cinéma d’anticipation M. Night Shyamalan (Le Sixième Sens, Signes), relégué au rang de paria après plusieurs naufrages commerciaux et critiques (After Earth, The Last Airbender). D’abord avec le surprenant The Visit – aussi réalisé en found footage – et puis surtout avec l’excellent Split (2017) et Glass (sorti en début d’année), épilogue clivant d’une trilogie inattendue débutée en 2000 avec Incassable.

En multipliant les projets, Blumhouse n’a pu éviter d’accoucher de quelques daubes, voire de tomber franchement dans le mauvais goût avec, au sommet, The Green Inferno (2015), film mettant en scène de jeunes activistes occidentaux tout propres et tout beaux capturés par une tribu de méchants sauvages anthropophages. En plus d’envoyer un message bancal – et limite xénophobe – cet « hommage » aux films de cannibales italiens des années 80 (non mais quelle idée déjà?) tombait dans les travers gores que le studio avait intelligemment évité à ses débuts. On rangera ça dans la catégorie « erreur de parcours » puisque la société s’est bien rattrapée en investissant dans des projets engagés et réussis comme Get Out, signé par le nouvel apôtre de l’horreur Jordan Peele (meilleur scénario original aux Oscars 2018), ou le BlacKkKlansman de Spike Lee (meilleur scénario adapté aux Oscars 2019). Des statuettes qui récompensent un label devenu gage de qualité et sur lequel il va falloir compter.

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