« Le village des secrets » : pas farce, mais fort

Quelque part entre Le Nom de la Rose et Millénium, la série tchèque produite par Arte frappe par sa complexité et sa densité. 

Le village des secrets

Comme la RTBF chez nous, la télévision locale en République Tchèque a lancé des appels d’offres à ses créateurs pour créer des séries “nationales”. Ces 8 épisodes de 50 minutes en sont le résultat… Le scénario s’est révélé si convaincant que, pour la première fois là-bas, Arte s’est associée à la production. On comprend pourquoi. Outre le jeu épatant des acteurs (Matej Andel et Štĕpánka Fingerhutová), la qualité de l’écriture et de la structure frappe. C’est à la fois efficace, classique et particulier. Pour concevoir son histoire, l’équipe d’auteurs a été encadrée par un showrunner américain chevronné, Harold Apter (Star Trek: New Generation, Walker Texas Ranger). Pas David Lynch, d’accord, mais un technicien aguerri.

La trame est canonique: un enquêteur extérieur, lettré et citadin, enquête sur un drame au sein d’une petite communauté fermée. Au fil de ses recherches, il lève lièvres et non-dits tout en innocentant un bouc émissaire. Du Nom de la Rose à Millénium, ce procédé narratif a offert de très grands polars. Ici, Lukas, jeune documentaliste praguois, retourne dans son patelin d’origine, en Bohême, pour enquêter sur le lynchage de Denis, un jeune Rom. Le suspect, Jiri, ami d’enfance de Lukas et un peu simple d’esprit, vient d’être acquitté, faute de preuves. La quête de la vérité va être compliquée… Outre ses liens affectifs avec le bastonneur, le Hercule Poirot tchèque doit affronter sa propre culpabilité: lui aussi, autrefois, avait molesté Denis avec ses copains. Au fur et à mesure de ses rencontres, il tombera sur des affaires de trafic, d’enfant du viol, sur fond de racisme anti-Roms omniprésent. Pas farce, on l’accorde. Mais fort. Un secret à partager.

 

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